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TRIBUNE LIBRE
25/08/2010
Objectif La Haye
Issa Goraieb
L'Orient Le Jour
Vous pouvez l'oublier pour un temps, ce rébus sur lequel les diverses fractions libanaises planchent en vain depuis des années : la stratégie de défense nationale c'est désormais de l'histoire ancienne, un refrain qui ne sert plus qu'à meubler la conversation lors des épisodiques sessions du dialogue, dit lui aussi national.
Il est depuis longtemps évident en effet que la résistance islamique, jalouse de son autonomie, n'acceptera jamais d'intégrer ses combattants à l'armée libanaise. Autonomie toute relative cependant ; car si la milice n'est certes pas près de prendre ses ordres du commandement militaire libanais, si elle ambitionne même de phagocyter peu à peu la troupe régulière, il ne fait aucun doute en revanche qu'elle appliquera à la lettre toute instruction émanant de ses protecteurs de Téhéran. Ce serait évidemment le cas si Israël venait à bombarder les installations nucléaires d'Iran et que l'ouverture d'un front de diversion s'avérait nécessaire au Liban-Sud.
Toujours est-il que dans son allocution d'hier, le chef du Hezbollah n'a pas manqué de faire état de ses liens privilégiés avec la République des mollahs, savourant même le plaisir rare de se poser en solliciteur bénévole, estimé et écouté, en vue de la fourniture à l'armée libanaise d'une partie de ces armements iraniens qui, depuis 1982, inondent généreusement le Liban. En touche-à-tout de génie, il a traité de questions aussi diverses que les coupures d'eau et de courant, brandissant le droit de notre pays à accéder à son tour à l'énergie nucléaire civile.
Un clou chassant l'autre, il est clair cependant que l'essentiel des préoccupations de Hassan Nasrallah s'est déplacé, ces derniers mois, de la région frontalière à La Haye : c'est une toute autre stratégie de défense - de défense tout court, dans le sens le plus strictement juridique du terme - que peaufine, depuis le début de l'été, le Hezbollah. La meilleure des défenses étant l'attaque, c'est une guerre préventive en règle qu'a lancée ce parti contre le Tribunal spécial pour le Liban, qu'il accuse de s'apprêter à l'incriminer injustement dans l'affaire de l'assassinat de Rafic Hariri.
De cette campagne, les étapes se sont succédé tambour battant, ponctuées qu'elles étaient par des apparitions télévisées, théâtralement programmées, du chef du parti de Dieu. La première de celles-ci consistait à assimiler ce tribunal à un infâme instrument israélien ; c'était, du coup, faire de tout citoyen qui persisterait à accorder toute sa confiance à la justice internationale un complice objectif de l'ennemi. Ce fut ensuite la présentation d'indices censés illustrer l'implication de l'État hébreu dans l'effroyable attentat à la bombe du 14 février 2005 : informations aussitôt réclamées et dûment examinées par le procureur Daniel Bellemare qui les jugeait, hier même, incomplètes. Vint entre-temps l'exigence, réitérée hier encore, de poursuites locales contre les faux témoins qui, selon Nasrallah et ses alliés, ont lancé les enquêteurs internationaux sur de fausses pistes : sachant pourtant que l'affaire échappe d'office à la compétence d'une justice libanaise dont la vulnérabilité aux pressions et menaces commandait précisément le recours à une juridiction à caractère international.
Quant aux étapes à venir, il n'est pas difficile de les deviner, même si - comble de l'absurde - tout ce sulfureux programme est dressé avant même la publication d'un quelconque acte d'accusation. On en vient déjà à exiger que le pays désavoue le tribunal spécialement institué pour lui, qu'il en cesse le financement et que démissionnent les magistrats libanais qui en font partie. Que les présidents et rois arabes interviennent auprès des puissances afin que soit neutralisée La Haye, sinon c'est le chaos, les heurts sectaires, cette infâme fitna dont un sanglant échantillon était présenté hier en soirée dans certains quartiers de Beyrouth-Ouest : de toutes les parades échafaudées face au cours de la justice, la plus choquante est ce chantage à la sécurité et à la stabilité internes, car elle fait des Libanais, toutes appartenances confondues, une population d'otages. Elle est la plus bizarrement naïve aussi, car elle prête aux puissances un pouvoir quasi absolu sur le tribunal. C'est la plus improductive enfin : elle n'honore guère ses auteurs en leur assignant ce qui ressemble fort à un comportement de coupable.
19/08/2010
Vous avez dit Abou Ghraib ? Pas de vacances pour la désinformation…
P.I.Lurçat
"Scandale de type Abou Ghraib en Israël", titre le site France 2, citant Ha'aretz. France 24 est plus explicite " "Une officier israélienne se met en scène aux côtés de prisonniers palestiniens"… En fait de mise en scène, la soldate en question, Eden Abergel, s'est contentée de se faire photographier devant des prisonniers palestiniens – assis sur des parpaings les yeux bandés – et de publier les photos sur son profil Facebook. Quel rapport avec Abou Ghraib ?
Comme le rappelle justement le site Rue89, l'affaire Abergel est "beaucoup moins choquante" que celle de la soldate américaine Lyndie England, qui avait posé en compagnie de détenus torturés dans la prison américaine d'Abou Ghraib. A Abou Ghraib, il s'agissait effectivement de sévices et d'humiliations (ah… la fameuse humiliation arabe !) et de photos obscènes, prises par des soldats aux tendances sadiques.
Rien de tout cela dans "l'affaire Abergel" : Eden Abergel est simplement une soldate israélienne qui, dans un moment de désœuvrement, a pris des photos où elle pose devant des prisonniers palestiniens, qui ne sont ni torturés ni humiliés et qui ont l'air aussi bien portants qu'un Gazaoui ventripotent en période de "siege"… Le seul 'crime' d'Eden Abergel est d'avoir posté ses photos sur Facebook, qui est – comme chacun sait – un endroit public où tout est partagé.
Ce qui est choquant dans ce "petit Abou Ghraib" [selon Rue89], c'est l'empressement avec lequel les journalistes occidentaux accusent Israël de tous les maux et établissent des comparaisons injustifiées, sans même prendre la peine de vérifier les faits, uniquement pour le 'plaisir' de critiquer l'Etat juif. Rue89 écrit à ce sujet, citant un bloggeur, qu'Eden Abergel, comme Lyndie England, est devenue un visage pour la "banalité du mal" (allusion au nazisme, reprenant une expression fameuse de la philosophe juive allemande Hannah Arendt). Voila le fin mot de l'histoire : comment une banale affaire de photos innocentes postées sur Facebook devient un acte d'accusation contre Israël, émule des Nazis…
09/08/2010
Liban: In a Lonely Place...*
L'Orient-Le Jour
Michel Haggi Georgiou
Alors, c'est Israël qui est derrière tout ce qui s'est produit au Liban depuis 2004. Soit. Admettons le postulat de base. Que ne nous réconforterait-il pas en effet d'entendre que c'est encore une fois Tel-Aviv, mue par sa volonté éternelle de maintenir la discorde dans le monde arabe, qui est la source des maux du Liban, comme c'est d'ailleurs largement le cas depuis 1948. Quelle joie ce serait, pour l'ensemble des Libanais, de pouvoir redéfinir une fois de plus leur unité nationale contre « l'ennemi idéologique » de la « grande nation arabe ». D'autant que l'argument viendrait à point nommé pour décrisper complètement la situation avec la Syrie, maintenant que l'armée syrienne s'est retirée du pays, et malgré les ingérences syriennes feutrées par Libanais interposés. La culpabilité d'Israël serait incontestablement une véritable aubaine pour le Liban. Souhaitons donc de tout notre cœur que Hassan Nasrallah en possède la preuve létale, et qu'il la remettra au plus vite au TSL, afin que ce dernier puisse rapidement tirer ses conclusions et trouver enfin grâce aux yeux du leader islamiste.
Seulement, et quelles que soient les preuves extraordinaires que le patron du Hezbollah va bien pouvoir exhumer aujourd'hui dans le nouvel épisode de sa saga télévisée épique, il reste que quelque chose ne tient pas la route - et c'est le moins qu'on puisse dire - dans son raisonnement. D'où la légitimité de cet article, fait de questions ingénues sans réponses.
Si c'est en effet Israël qui a assassiné Rafic Hariri, Bassel Fleyhane, Samir Kassir, Georges Haoui, Gebran Tuéni, Pierre Gemayel, Walid Eido, Antoine Ghanem et tous les autres innocents, pourquoi d'abord avoir attendu aussi longtemps pour le révéler au bon peuple ? Tout le monde connaît l'efficacité de l'infrastructure d'espionnage du Hezb, nécessaire pour préserver une longueur d'avance sur l'ennemi. Pourquoi alors Hassan Nasrallah n'a-t-il pas trop insisté sur la culpabilité d'Israël lorsqu'il avait émis cette théorie, juste par « pure hypothèse », en 2005, au moins lors d'une réunion avec Samir Frangié et Samir Abdel Malak ? « Laissez tomber », avait-il dit, sans trop y croire lui-même, devant le regard hautement dubitatif de ses hôtes... Première question sans réponse.
Ensuite, si Israël a bel et bien assassiné Rafic Hariri et tous les autres, pourquoi le Hezbollah et les alliés de la Syrie font-ils des pieds et des mains, depuis l'an 2005, pour torpiller le Tribunal spécial pour le Liban?
Pourquoi avoir tout fait pour combattre ce tribunal, sans jamais présenter la moindre preuve au sujet d'Israël ? Pourtant, au lieu de s'acharner contre le tribunal - comme ce soir tragique de décembre lorsque la voiture de Gebran Tuéni a volé en éclats et lorsque, loin de se solidariser avec les victimes, les ministres du Hezbollah et d'Amal ont claqué la porte du gouvernement la première fois -, n'aurait-il pas été plus simple de faire preuve de compréhension et de coopération ; sinon de rendre hommage à ce vrai résistant tombé sous les coups de l'ennemi ? Pourquoi, si c'est bien Tel-Aviv le coupable, Damas a-t-il tout fait depuis 2005, par alliés interposés, pour déstabiliser le pays et en faire un Failed State ? Pourquoi le directoire syrien donne-t-il continuellement l'impression d'être à la recherche de celui, quel qu'il soit, qui pourrait l'aider à s'extirper du cercle de la culpabilité, par le biais d'un marché régional ou international -, et ce alors même que tout le monde proclame, l'on ne sait d'ailleurs guère pourquoi, que le TSL a d'ores et déjà innocenté la Syrie ?
Si Israël a effectivement tué Samir Kassir, Georges Haoui, Gebran Tuéni et Pierre Gemayel, pourquoi avoir fait la guerre avec autant de férocité au 14 Mars depuis 2005 ? Pourtant l'avoir accusé cent mille fois de collaboration avec l'État hébreu, puisque ses symboles ont été assassinés par Israël ? Pourquoi avoir voué les chefs de file du courant souverainiste aux gémonies, en les accusant de « traîtrise » et de « collusion avec l'ennemi » durant la guerre de juillet 2006, puisqu'ils étaient dans le collimateur de l'État hébreu autant, sinon plus alors, que les cadres de la « Résistance » ? Pourquoi avoir ensuite mené une guerre à l'intérieur contre eux en 2008, toujours en les diabolisant de plus belle, sans cesser un instant de les assimiler au projet sioniste ?
Le secrétaire général du Hezbollah possède-t-il la réponse à toutes ces questions ? S'il considère que le 14 Mars a été manipulé depuis le 14 février 2005 par Washington et Tel-Aviv, comme s'évertue à le répéter depuis des années l'un des « idéologues » les plus fidèles du régime syrien, Michel Samaha, pourquoi n'a-t-il pas tout simplement dévoilé tout le complot dès le départ ?
Mais nous ne sommes malheureusement pas dans Alice au pays des merveilles. Les Libanais sont tout à fait disposés à croire qu'Israël a assassiné tous ses chefs de file depuis le 14 février 2005 pour semer la discorde communautaire, dans la plus pure tradition du discours officiel prosyrien qui était de mise avant l'intifada de l'indépendance. Ils sont même prêts à admettre, ne serait-ce que pour accompagner Hassan Nasrallah dans sa nouvelle expédition onirique et rhétorique, qu'Israël a aussi tué Riad el-Solh, Riad Taha, Soubhi el-Saleh, Mohammad Choucair, Kamal Joumblatt, Bachir Gemayel (dont l'assassin se pavane librement en Syrie !), Sélim Laouzi, Michel Seurat, Nazem Kadri, Hassan Khaled, René Moawad, et beaucoup d'autres souverainistes encore... et que nul autre que l'État hébreu, qui bat déjà tous les records de criminalité en Palestine, comme hier au Liban-Sud et à Beyrouth, n'a jamais fait couler le sang des Libanais. Mais ils ont du mal à croire que le Hezbollah ait pu rester muet et les bras croisés durant tout ce temps si c'est effectivement Tel-Aviv qui a sévi le 14 février 2005, et puis périodiquement jusqu'en 2007. Ils ont du mal à croire que les services de renseignements syriens, aidés par ceux du Hezb, qui contrôlaient pourtant l'ensemble du territoire libanais, n'aient pu débusquer le complot. Ils ont d'autant plus de mal à croire qu'à la demande de certains responsables des services de sécurité à l'époque, des pièces à conviction avaient été soigneusement escamotées de la scène du crime devant le Saint-Georges : ces derniers étaient-ils les collaborateurs d'Israël ? Qu'ils soient donc traduits en justice si c'est le cas. Les Libanais ont du mal à admettre que ce soit Israël, et non la justice addoumienne de l'époque, qui ait fait disparaître des éléments fondamentaux du dossier de l'attentat contre Marwan Hamadé - à moins que le procureur général ait lui aussi magistralement floué tout le monde en se faisant passer, durant toutes ces années, pour l'homme lige de Damas. Combien auraient-ils préféré que ce soit, par ailleurs, une speakerine d'une chaîne de télévision israélienne qui commente avec sarcasme les images de l'assassinat de Walid Eido, en annonçant le pire pour Ahmad Fatfat... ? Combien auraient-ils compris que ce soient des sites israéliens, et non syriens, qui aient insulté frénétiquement et fielleusement Samir Kassir et Gebran Tuéni post-
mortem ; ou encore que les faux témoins envoyés auprès du TSL soient en fait tous des agents sionistes, et non pas des ressortissants syriens jusqu'à présent installés sous l'ombrelle du régime de Damas... ? Et les exemples sont interminables...
Il reste, au-delà de tout cela, la question initiale, cruciale : si l'hypothèse de Hassan Nasrallah est véritablement admissible, et si Israël a réellement assassiné Rafic Hariri et tous ses compagnons de la révolution du Cèdre, pourquoi avoir laissé faire, dans ce qui constituerait une grave brèche sécuritaire pour toute « résistance », et attendu aussi longtemps pour monter au créneau ? Serait-ce qu'Israël - puisque c'est à lui qu'on veut faire porter le chapeau - ait pu rendre ce fier et immense service, une fois de plus, à des alliés objectifs... ?
* Film de Nicholas Ray (1950), dans lequel le personnage campé par Humphrey Bogart s'ingénie à convaincre autour de lui, non sans succès, qu'il n'est pas coupable du crime dont on l'accuse. L'a-t-il vraiment commis ? À voir absolument.
31/07/2010
De la Lune à la Terre
l'Orient le Jour
Michel Haggi Georgiou
Élie Fayad
Coups d’épingle
« Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose » : la campagne que mène le Hezbollah par anticipation contre le Tribunal spécial pour le Liban revêt, en partie du moins, un caractère surfait, artificiel. Tout comme, d'ailleurs, les « fuites » dans la presse qui, à en croire le Hezb, seraient à l'origine de la décision de lancer cette campagne.
Sur ce plan, on se doit de relever, non sans quelque perplexité, que depuis que le secrétaire général du Hezbollah a entamé son feuilleton anti-TSL, donnant le signal de l'ouverture des hostilités aux autres caciques du parti, les fuites ont eu tendance à se multiplier simultanément. Et pas n'importe où, puisque ce sont à présent des médias plutôt favorables à cette formation qui, en la matière, mettent les bouchées doubles. Certes, il ne s'agit pas ici de tirer de cette concomitance des conclusions hâtives. D'ailleurs, dans toute cette affaire, il faut se garder de se laisser aller à une démarche semblable, justement, à celle que l'on est en droit de reprocher au Hezbollah.
Mais commençons par rassurer le numéro deux du Hezb, cheikh Naïm Kassem, qui se demandait jeudi si le droit à l'autodéfense n'était plus de mise : non seulement ce droit est toujours de mise, mais la défense est par définition l'une des pièces maîtresses de toute partie d'échecs judiciaire et l'un des temps forts de tout procès, surtout en matière pénale.
Sauf que dans le cas qui nous intéresse, il semble utile de rappeler que le procès n'a pas encore commencé. Et dans cette situation, c'est-à-dire, en clair, en l'absence d'accusation, aucun code de procédure n'est en mesure d'accorder à cheikh Kassem ce qu'il réclame sur un ton faussement innocent (sans jeu de mots), à savoir le droit de se défendre sans être accusé.
La démarche du numéro deux, comme celle du numéro un et des autres, tout autant que des auteurs de « fuites » dans la presse, du Der Spiegel au Safir, est donc éminemment politique. Comme le sont aussi les interférences israéliennes dans l'affaire, des commentaires du chef d'état-major, Gaby Ashkenazi, jusqu'aux « informations » puisées à telle ou telle source.
En fait, autour du TSL, tout est politique, sauf le TSL lui-même. Certes, la création de ce tribunal était le fruit d'une décision politique. Mais au moins du point de vue libanais, cette décision n'avait absolument rien de honteux, de « conspirateur ». Elle était politique dans le sens le plus noble du terme, puisqu'il s'agissait - et il s'agit toujours - de mettre fin à la tradition d'impunité dont bénéficient les auteurs d'attentats politiques au Liban.
Mais la noblesse de cet objectif va bien au-delà de l'impunité. Car ce qui compte réellement, ce qui, politiquement, fait du TSL un instrument fondateur pour le Liban de demain, ce n'est pas tant la sanction que subiront (peut-être) les coupables, c'est la fin d'une pratique barbare qui, jusqu'à cet instant, continue de façonner d'une certaine manière la vie politique libanaise, une pratique qui, bien davantage que les élections législatives, détermine les vrais rapports de force politiques dans le pays. Le fait que les attentats ont pratiquement cessé depuis l'accord de Doha tend à prouver ce constat.
À cet égard, le cas de Lockerbie est exemplaire. On sait pertinemment que le principal coupable n'a pas été châtié, que l'on s'est contenté d'expédients. Et pourtant, le résultat politique du procès est on ne peut plus concluant : le chef d'État en question a toujours l'apparence d'un trublion, mais il est devenu un trublion de salon, quasiment inoffensif, après avoir été, dans les années quatre-vingt, l'un des hommes considérés comme les plus dangereux du monde.
Mais qu'en est-il du TSL lui-même ? Le Hezbollah et quelques-uns de ses alliés (pas tous) nous affirment qu'il est « israélien ». Qu'est-ce à dire ? Que tous les enquêteurs, les juges et les fonctionnaires ont été enrôlés ? Que les Nations unies sont collectivement mues par le même désir
de servir les objectifs israéliens ou « américano-israéliens » ?
Soyons clairs : allons jusqu'à supposer qu'une partie influente du Conseil de sécurité veuille faire du tribunal un instrument au service de sa politique. Pour réussir dans cette tâche, il lui faudra tout d'abord obtenir l'aval de la majorité des autres membres du Conseil, c'est-à-dire grosso mode des cinq membres permanents et de quelques autres.
Soyons encore plus clairs : s'il y a un « complot » contre le Hezbollah fomenté de concert par les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie, la Chine et d'autres mammouths de la planète d'un calibre à peine plus mince, que devrait faire alors le Liban ? Résister à cette coalition ? Si oui, il faudrait alors organiser la résistance à partir de la Lune, puisque la planète entière serait devenue « israélienne ».
À présent, revenons sur Terre : un acte d'accusation n'est que le début d'un processus judiciaire, non sa fin. À supposer même qu'il puisse être « manipulé » ou « orienté », comme l'étaient, par exemple, certains actes d'accusation à l'époque des démocraties populaires d'Europe de l'Est, la justice internationale n'ayant rien d'un tribunal soviétique ferait le nécessaire pour rectifier le cours des choses.
En attendant, pour faire face tant aux « fuites » de presse qu'aux rodomontades du Hezbollah, lesquels sont fondés sur rien de plus que des sophismes, une seule attitude est possible : la réserve.
Sauf sur un point fondamental : quand Hassan Nasrallah affirme qu'en tout état de cause, il n'accepterait pas que soit accusé un membre de son parti, il faut simplement lui rappeler qu'en tout état de cause, nul ne saurait être au-dessus du droit.
03/07/2010
Coup double
l'Orient le Jour
Issa Goraieb
Finul et Tribunal spécial : ce sont là les deux poumons d'un Liban otage des tensions et violences régionales, et désespérément en quête de protection et de justice internationales. Dès lors et même s'il lui arrive d'emprunter des voies détournées, c'est en priorité aux poumons que s'attaque le virus de la subversion, de la déstabilisation, du chaos.
Si des soldats généreusement envoyés par divers pays amis stationnent depuis des années au Liban-Sud, ce n'est certes pas pour le tourisme. Ce n'est pas non plus pour coloniser un territoire cuit et recuit par les flammes de la guerre. C'est seulement pour aider l'État libanais à y étendre une autorité incontestée, la présence sur place de cette force onusienne constituant par ailleurs un puissant élément de dissuasion, davantage moral que militaire, il est vrai, face aux ardeurs guerrières de l'ennemi israélien, dont est première à pâtir la population civile.
C'est en occupants pourtant qu'étaient (mal) accueillies et maltraitées, par des villageois du Sud, des unités des contingents français et espagnol se livrant mardi dernier à un exercice on ne peut plus routinier. À la Finul il a été formellement reproché de s'être conduite comme en pays conquis, suscitant l'effroi et la colère d'une paisible population totalement prise de court par le déferlement intempestif de la soldatesque onusienne. Or voilà qui laisse supposer de deux choses l'une. Ou bien en effet les forces étatiques libanaises, censées informer à l'avance les édiles des communes de l'exercice projeté, se sont, pour une raison inconnue, abstenues de le faire. Ou alors - éventualité encore plus grave - elles l'ont fait, mais sans grand résultat.
Si tel était bien le cas, la prétendue grogne des villageois ne serait plus alors qu'une démonstration savamment programmée et visant à décourager un type précis d'opérations, à savoir la recherche de caches d'armes relevant des milices du cru. C'est ce que semble croire le coordinateur des Nations unies au Liban Michael Williams, quand il relève que maints de ces incidents étaient, à l'évidence, orchestrés. Il en va de même du secrétaire général Ban Ki-moon, évoquant hier la surveillance et l'obstruction auxquelles est en butte la force internationale et appelant l'armée libanaise à assurer à celle-ci la liberté de mouvement que requiert sa mission, telle que définie par la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU.
Le plus extraordinaire cependant reste l'assourdissant silence dans lequel s'est muré le commandement militaire, bien que d'aussi particulières circonstances fassent absolument devoir à la Grande Muette d'expliquer, sinon de s'expliquer. Le seul commentaire émanant de haut lieu aura été le laconique souhait, exprimé par le président Michel Sleiman, de voir régner une coopération accrue entre l'armée et la force internationale. S'adressant aux journalistes, le chef de l'État s'est montré en revanche étonnamment prolixe en abordant l'affaire du technicien des télécoms accusé d'espionnage au profit d'Israël. Car au risque d'indisposer une Europe réfractaire à la peine de mort, mais aussi de paraître préjuger du verdict d'une justice indépendante en principe, il s'est dit résolu à cautionner de son seing toute sentence extrême que prononcerait le tribunal.
L'intelligence avec l'ennemi n'est pas vulgaire peccadille, certes. Mais il est clair que l'hystérique battage fait autour de cette affaire (laquelle demeure, faut-il le rappeler, en cours d'enquête) n'a pas pour seule motivation la légitime indignation du patriote. Un système téléphonique infecté par Israël est, par le fait même, un système non fiable : conclusion qui, en réalité, et malgré le concert de protestations indignées, en arrange plus d'un. Voilà en effet qui vient, d'une part, conforter la prétention du Hezbollah à se doter d'un système de télécommunications autonome. Voilà qui peut aider aussi les ennemis du Tribunal spécial à jeter un doute sur la masse d'indices recueillis par les enquêteurs à partir du décryptage de centaines de milliers de communications par mobile, en vue de reconstituer la préparation puis l'exécution de la vague d'attentats meurtriers qui a frappé le pays.
Finul et tribunal : c'est bien sur ces deux partitions jumelles que joue l'inquiétant orchestre.
27/6/2010
Fonds de commerce
Nagib Aoun
l'Orient le Jour
Le Liban n'est plus ce qu'il était, ne sera plus ce qu'il aurait dû être, ce qu'il aurait pu être. Le Liban a permis aux forces de l'ombre, celles qui le pourchassaient dès sa naissance, de le clouer au pilori, de pulvériser la vocation qui aurait dû être la sienne.
Le Liban est un otage, son âme est kidnappée, son esprit squattérisé, son cœur irrigué au cyanure, un poison fait de haine, d'arrogance et d'autosatisfaction.
Le Liban paye, aujourd'hui, le prix de sa multiplicité, de sa pluralité, il paye le prix de son indulgence, de sa générosité. Le Liban est, aujourd'hui, puni pour avoir largement ouvert ses portes aux réfugiés, aux opprimés de la région, pour avoir osé se distinguer des pays environnants, pour avoir fait de sa différence le réceptacle de toutes les contradictions, de toutes les retrouvailles, de tous les divorces.
Le Liban otage ? Oui, otage des mini-États qui le rongent, des parrains mafieux qui les téléguident, des surenchères indignes qui ont fait du drame palestinien un fonds de commerce lucratif.
Et là, on arrive au point focal de la réflexion, à l'essence même de la tragédie, née une funeste année 1948 et qui s'est fourvoyée, au fil des ans, dans la politique des axes, dans la longue tradition des règlements de comptes entre pays arabes « frères ».
Des dérives arafatistes au Liban, lorsque l'OLP n'entrevoyait le retour à Jérusalem qu'à travers Jounieh « l'isolationniste », aux désastreuses divisions interpalestiniennes d'aujourd'hui, que de temps perdu, que de services rendus à Israël.
Et, en toile de fond, une menace réelle, une épée de Damoclès qui s'aiguise chaque jour un peu plus : l'implantation palestinienne au Liban, celle que l'État hébreu appelle de tous ses vœux, celle à laquelle contribue une présence armée, anarchique dans les camps, délibérée, très bien planifiée hors des camps. Une présence armée dont est naturellement victime la population civile palestinienne humiliée par ceux-là mêmes qui prétendent en être les défenseurs.
Quelle mouche a donc piqué Walid Joumblatt, qu'est-ce qu'il lui a pris de jeter en pâture, en plein hémicycle parlementaire, la question des droits civils palestiniens, de lancer des accusations gratuites prêtant à ses anciens alliés, nouveaux adversaires, des intentions inavouables ? Réminiscences du défunt Mouvement national des années 70, des fumeuses sorties contre la « droite chrétienne isolationniste » ?
Nul doute que la question des droits civils mérite d'être posée et que des mesures doivent être prises pour remédier à une détresse sociale dont pâtissent également des centaines de milliers de Libanais dans les régions déshéritées.
Mais pourquoi ce timing suspect, pourquoi cette soudaine amnésie sur le rôle ambigu de la Syrie, sur la responsabilité collective des pays arabes et des organisations internationales dans la gestion d'un dossier qui ne peut déboucher, en l'état actuel de l'hypocrisie générale, qu'à l'implantation décriée ?
Pourquoi cette démagogie à relents confessionnels qui a déjà eu pour résultat la distribution de tracts antichrétiens dans la périphérie de Aïn el-Héloué à Saïda et la publication de communiqués appelant au maintien des armes palestiniennes au Liban ? Sans oublier le projet d'attentat éventé à Zahlé quelques heures avant la visite pastorale du patriarche Sfeir.
Veut-on donc ramener le pays du Cèdre 35 ans en arrière ou détourner l'attention d'événements à venir, qui seraient préjudiciables à plus d'une partie ? Le Hezbollah, lui, laisse faire, tente de tirer son épingle du jeu (tant qu'on ne parle pas de ses armes...) et les Israéliens rient tranquillement sous cape.
Bien joué, Monsieur Joumblatt...
30/5/2010
Le véritable front de la guerre politique ; la bataille pour le consensus israélien
par Joel Fishman, article paru dans le quotidien Makor Rishon
Date de publication : le 30 Avril 2010
Titre original : The Real Front in the Political War; The Battle for the Israeli Consensus
I. Définition du problème : Contenu et signification de la déclaration d'Uri Avnery
De temps à autre, il est très profitable d'écouter les points de vue de gens dont les convictions sont différentes. Ces rencontres apportent parfois un éclairage décisif permettant de parfaire notre propre perception des motifs et de la stratégie de ceux qui nous font face. La conférence de lancement d'une biographie du défunt Yaakov Arnon à la Fondation Van Leer en a été l'occasion le 6 avril dernier. Arnon (1913-1995) était un haut fonctionnaire israélien qui fit preuve d'une créativité et de ressources personnelles extraordinaires. . Dès les premier jours de l'État, il a contribué au lancement de l'industrie du diamant en Israel, organisé l'administration de budget au Trésor public, et encadré les vaiations du taux de change entre la lire israélienne et le dollar. Pendant huit ans Arnon a assumé la fonction de directeur général du trésor [Misrad Ha-Otsar], s'affirmant comme un haut fonctionnaire respecté qui a pleinement contribué à la construction de l'état d'Israël.
L'expérience de Yaakov Arnon est remarquable parce qu'il est devenu par la suite un avocat de la paix avec l'OLP. Sa pensée évoluant, il en est venu à considérer que la présence israélienne en Judée, en Samarie, et à Gaza était une injustice et qu'il était nécessaire de faire la paix avec les Palestiniens dirigés per l'OLP. En 1975, il a rejoint Uri Avnery et le général Matti Peled et fondé avec eux le Conseil pour la paix israélo-palestinienne dont le but était de fournir le cadre d'un dialogue secret, entamé par Avnery avec Said Hammami à Londres, peu de temps après la guerre du Kippour. Hammami, qui était le représentant officieux de l'OLP à Londres, fut assassiné en 1978. Ultérieurement, Issam Sartawi conduisit les entretiens pour le compte de l'OLP ; il fut assassiné en 1983.
Yaakov Arnon fit un déplacement à Tunis en compagnie de Uri Avnery et de Matti Peled [en janvier 1983] pour rencontrer Yasser Arafat et la haute direction de l'OLP. Uri Avnery expliqué plus tard que des personnalités publiques comme Yaakov Arnon, Matti Peled et Lova Eliav avaient donné du poids et du prestige à cette initiative parce qu'ils représentaient la classe politique d'Israel. Issam Sartawi accompagna le groupe lors de cette visite. À l'aéroport de Paris, sur le chemin du retour à l'issue de cette réunion, Arnon posa la question suivante: "Avons-nous contriibué à l'histoire ou n'avons-nous été que des clowns ? [Ha'im asinu historia, o ha-iynu mukionim?] Cette question indiquait par elle-même qu'il était en proie au doute.
En l'évoquant trente sept ans plus tard, Avnery s'est déclaré convaincu que les trois hommes ont vraiment fait l'histoire et il a expliqué l'importance de la visite. Selon lui, le véritable champ de bataille était l'opinion publique en Israel. Ce qui avait été obtenu grâce à la réussitte de son groupe, c'était la transformation du consensus regnant en Israel. Ce succès en Israel aura été d'une telle portée que même le premier ministre Netanyahu a parlé d'état palestinien. En outre a-t-il dit, l'opinion publique mondiale en est venue à accepter cette perspective. Avnery a souligné qu'il ne peut pas y avoir de paix sans un état palestinien, et que l'alternative ne pouvait être que l'apartheid et la guerre permanente.
Que nous partagions ou pas les opinions de cet homme, il est clair qu'Avnery exprimait là son objectif stratégique à long terme : modifier le consensus israélien. Karl von Clausewitz, le célèbre stratège militaire prussien, a écrit que la première tâche du commandant était de s'assurer du type de guerre où il était engagé. Il est clair à la lumière de son analyse et de ses succès ultérieurs sur plusieurs décennies qu'Avnery a choisi sa stratégie et sa méthode en cohérence avec la guerre politique qu'il a menée en faveur de l'OLP.
Au même moment, les dirigeants israéliens n'ont jamais vraiment compris ce qui arrivait. Ils n'ont pas su nommer le jeu auquel ils étaient conviés et ils ne se sont mis en condition de le gagner. Au cours de la poussée d'optimisme initiale d'Oslo, Shimon Peres, le ministre des affaires étrangères d'alors, démantela l'appareil de la hasbarah d'Israel [en mai 1993]. Il faisait l'hypothèse qu'une bonne politique rendait inutile tout effort diplomatique en direction de l'opinion publique, et une fois la paix et la prospérité économique venues – elles étaient juste au coin – Israël n'aurait plus besoin de plaider sa cause. Qui a oublié ces mots creux: "si vous avez une bonne politique vous n'aurez pas besoin de communication publique, et si vous avez une mauvaise politique, les relations publiques ne vous seront d'aucun secours." A l'époque, on a peut-être retenu officieusement l'hypothèse qu'un changement dans le consensus allait dans le sens de l'intérêt national car il préparerait le public israélien à la "paix." Rétrospectivement, il est évident que les dirigeants d'Israel du début des années 90 ont imprudemment abandonné le champ de bataille de la diplomatie publique aux Palestiniens et à leurs soutiens Israéliens. Au lieu de faire avancer la cause d'une vraie paix, ils ont sapé la légitimité de l'état juif.
Plus récemment, à la lumière des efforts de propagande constants d'Avnery et de ses camarades, des années durant, nous nous trouvons dans l'obligation de nous poser également des questions sur l'efficacité des relations publiques quand elles sont fondées sur les top models, les bikinis, les plages et la vie noturne de Tel-viv, les prévenances pour les homosexuels, les entreprises de haute technologie ainsi que des contributions au monde, comme nos tomate de cerise ?
C'est ici que s'appliquent les paroles de Casey Stengel, le célèbre directeur des New York Yankees : "Est-ce qu'il y a quelqu'un ici pour jouer à ce jeu ?"
II : Introduction du contexte non mentionné
Le tableau devient plus intéressant si nous introduisons quelques éléments d'information contextuelle qui font défaut. Nous pourrions demander tout simplement quel est l'état actuel du consensus ? Il est remarquable que, selon le site Internet du ministère des affaires étrangères, le consensus israélien en faveur de la paix avec les Palestiniens –et pas nécessairement en faveur d'un état palestinien – a été au plus haut juste aprés l'assassinat du premier ministre Rabin. "Le 8 novembre [1995] cependant, l'indice grimpait à 73.1 points, pour décroître à 65,7 points vers la fin du mois. L'indice relatif aux accords d'Oslo d'octobre [1995] était à 46.9 points, et sautait à 57.9 points au début novembre pour stagner au niveau de 58.0 points à la fin du mois." (1)
Selon un sondage de 2007 sur la paix, des Israéliens interrogés sur les sujets qu'il faudrait mettre en tête des priorités de leur société ont répondu de la façon suivante:
1- S'en prendre à la corruption et aux autres dysfonctionnements ; 31.5%
2- Restaurer la capacité dissuasive des Forces armées israéliennes et d'Israël ; 22.1%
3- Réduire les inégalités économiques, 20.1%
4- Mettre en échec la violence et la criminalité, 15.4%
5- Parvenir à un accord de paix avec les Palestiniens, 10.8%.(2)
Si on analyse le site Internet du centre de Tami Steinmetz pour la recherche de la paix de l'université de Tel Aviv, on peut observer que les données ne sont plus disponibles après juin 2007, et si l'on analyse "la courbe de l'indice de paix", "l'indice d'Oslo," il hésite la plupart du temps autour de quarante pour cent, grossièrement jusqu'en 2007.
Plus récemment, un sondage d'opinion du Conseil juif américain d'avril 2010 a donné les résultats suivants. La question 10 était formulée comme suit :
Ëtes-vous d'accord avec la déclaration : "Le but des Arabes n'est pas la récupération des territoires occupés mais la destruction d'Israël."
Les réponses ont été : D'accord 75% Pas d'accord, 20% Ne sait pas, 5%.
Il est clair qu'il n'y a pas un grand consensus pour "la paix." du côté israélien. Les pressions américaines pas plus que les intrigues des ONG ne peuvent changer cette réalité. L'attitude de la partie palestinienne sur la question est un sujet différent qui mérite de son coté une étude sérieuse.
La situation d'aujourd'hui n'est certainement pas aussi bonne que ne le clame Uri Avnery. Au moment où la légitimité d'Israel est mise en cause dans le pays et à l'étranger, l'absence d'un véritable consensus israélien pour fairer davantage de concessions aux Palestiniens représente une chance pour les amis et les défenseurs de l'état juif. Israel peut faire bien mieux, mais il est nécessaire de défendre nos droits historiques, d'abord sur le champ de bataille de l'opinion publique, à l'intérieur. Comme le disait David Ben Gourion à la Commission Peel en janvier 1937, "… La Bible est notre mandat, la Bible qui a été écrite par nous, dans notre langue, en Hébreu, dans ce pays même." Nous devons d'abord admettre nous-mêmes que la revendication de légitimité d'Israël ne peut se baser que sur des faits historiques. C'est sur eux que devrait se fonder le véritable consensus en Israel.
*Joel Fishman est membre d'un centre de recherche de Jérusalem
13/5/2010
Lettre ouverte à Alain Finkielkraut:
JCall ou la défaite de la pensée
Je vous ai écouté, l'autre jour, sur une radio juive parisienne, tenter d'expliquer les raisons de votre signature sur l'appel de "Jcall", par lequel vous nous appelez, de votre lointaine ville des Lumières, nous Israéliens, à renoncer à la Judée, la Samarie et à la moitié de Jérusalem, au nom de votre idée très particulière de la "raison"... Je vous ai écouté, Monsieur Finkielkraut, et pour la première fois depuis que je vous connais – c'est-à-dire depuis que je vous lis, vous écoute ou vous regarde exposer vos idées – j'ai eu le sentiment que le roi était nu. Votre faconde, votre style inimitable, votre éloquence et surtout votre intelligence de philosophe étaient soudainement pris en défaut.
Quand Shlomo Malka vous a demandé pourquoi vous aviez signé cet appel, vous n'avez rien trouvé à dire, sinon que vous aviez téléphoné à David Grossman, qui vous avait donné son feu vert, son blanc-seing pour signer.... Grossman est un écrivain de talent, réputé en Israël comme à l'étranger. Mais voyez-vous, en Israël aussi, on peut être un grand écrivain et défendre des idées politiques absurdes. Grossman est pourtant quelqu'un d'honorable, qui s'est acquis la sympathie du public lorsqu'il a perdu son fils, lors de la Deuxième Guerre du Liban et qu'il a refusé de serrer la main de l'ancien Premier Ministre Ehoud Olmert. Mais ses idées politiques ne représentent pas un pour cent de l'électorat... Et puis, demander l'avis d'un écrivain israélien pour signer un texte qui appelle l'Union européenne à faire pression sur notre gouvernement démocratiquement élu, à quoi cela rime-t-il?
J'ai admiré jadis votre intelligence. J'avais lu votre livre La défaite de la Pensée quand j'avais vingt ans, sans me douter que j'assisterais vingt ans plus tard à la défaite de votre pensée... Je sais que vous êtes, comme tout homme, pétri de contradictions : philosophe et supporter de football, ami de Kundera et de Zeev Sternhell, politiquement plutôt conservateur en France et à la gauche de la gauche en Israël... Et le Juif en vous n'est pas moins pétri de contradictions. Dans votre livre le plus sincère, Le Juif imaginaire, vous évoquiez votre nostalgie du Yiddishland de vos grands-parents que vous n'avez pas connus. Depuis lors, vous vous êtes souvent illustré en tant que défenseur d'Israël, parfois courageux, mais toujours dans les limites intellectuelles et territoriales très restreintes de ce que vos amis israéliens de "Chalom Archav" vous dictent.
Je ne vous conteste pas le droit de choisir votre camp politique en Israël. Vous lisez sans doute (sur Internet)Anat-Kam.jpg Ha'aretz, le "journal des gens qui pensent", et vous êtes politiquement plus proche d'un Ouri Blau ou d'une Anat Kam que des fils de Myriam Peretz, ces affreux "colons" qui avaient le toupet de prétendre vivre en Samarie, et qui ont donné leur vie pour que nous ayions tous le droit de vivre libres sur notre Terre ! Je ne veux pas épiloguer sur la trahison que constitue à mes yeux le fait de vouloir contourner les choix démocratiques d'un peuple en appelant à des pressions étrangères sur son gouvernement. J'ai déjà dit tout le mal que j'en pensais et d'autres que moi l'ont dit aussi. Une simple question me taraude. Qui êtes vous? C'est la question que vous posait Benny Levy, malheureusement trop tôt disparu, qui vous aurait sûrement dit ce qu'il pensait de votre signature. (Il n'était pas sioniste à proprement parler, mais il aimait la Terre d'Israël. Un jour que je le croisai à Paris, il s'enquit des raisons de mon séjour prolongé hors d'Israël. "Et Eretz Israël ?" me demanda-t-il, avec son éternel sourire...)
Je voudrais croire que vous n'êtes pas sincère quand vous signez cet appel. Que votre fameuse et "redoutable" sincérité – que vantait il y a peu Kundera, devant les centaines d'admirateurs parisiens venus vous écouter religieusement – et votre intelligence ont été prises en défaut, et que vous avez été abusé par les manoeuvres de Chalom Archav, ce grouspucule financé par l'Union Européenne (encore elle!) pour saborder la démocratie israélienne. La prochaine fois qu'une pétition contre le gouvernement israélien circulera dans votre cellule de La Paix Maintenant, assis au café de Flore ou aux Deux Magots, réfléchissez-y à deux fois. Au lieu d'appeler David Grossman pour lui demander son avis, ayez plutôt une pensée pour Benny Lévy, ancien maoïste devenu un Juif authentique, qui vivait à Jérusalem. Benny s'était souvent trompé dans sa courte vie, mais il avait le courage et l'honnêteté, lui, de savoir reconnaître ses erreurs...
Pensez aussi à Emmanuel Lévinas, dont vous revendiquez l'héritage intellectuel, et qui avait un jour répondu, à un journaliste qui l'interrogeait sur la politique israélienne (espérant lui faire exprimer une "critique du gouvernement israélien" – c'était déjà de bon ton à l'époque), "Je m'interdis de critiquer Israël, car je n'ai pas fait le choix de cette noble aventure". Belle leçon d'humilité pour vous et vos amis du Jcall, Monsieur Finkielkraut.
- P.I.Lurçat, UPJF
4/05/2010
VOUS AVEZ DIT FAUTE MORALE ?
Je ne sais ce qui m'attriste le plus dans ce texte littéralement insensé et pourtant intitulé non sans outrecuidance «Appel à la Raison».
J'ai, évidemment, d'abord mal pour Israël, déjà tellement et désespérément seul, mais j'ai mal aussi - et peut-être davantage - pour l'état crépusculaire d'une certaine pensée politique contemporaine.
Car il faut reconnaître que cette pétition de JCall est, hélas, revêtue de la signature de certaines personnalités estimables.
Je ne suis aucunement surpris par le fond de leur revendication : retrait des territoires conquis en 1967.Celles-ci sont connues et anciennes.
J'ai écrit, moi-même, à plusieurs reprises, que je n'avais pas la religion des territoires.
Seulement celle, plus ingrate et laïque, de la sécurité d'Israël et de son peuple.
Je ne pense pas que lorsqu' Ehud Barak proposa vainement à Arafat la rétrocession de la quasi-totalité desdits territoires - contre une paix définitive - il commit un acte de haute trahison.
Je ne crois pas non plus que Benjamin Netanyahou le pense, lui qui a nommé Barak à la tête du ministère de la défense.
Ce que je ne puis admettre, c'est d'abord ce titre qui constitue une véritable indécence, pleine de fatuité, dés l'instant où l'objet serait de raisonner Israël.
Moi, si j'avais les moyens de publier une telle tribune dans la grande presse et si mon dessein était de vouloir raisonner les déraisonnables, j'aurais plutôt, pour autant que la chose soit possible, réservé les colonnes de la presse arabe.
J'aurais invité les Syriens à cesser de livrer, de manière assez irrationnelle pour qui veut la paix, des missiles au Hezbollah libanais en infraction avec la résolution onusienne.
J'aurais pressé les pays du golfe et l'Algérie à cesser leur ostracisme, peu rationnel, à l'égard de l'État juif.
Il y a trois jours, Mme Clinton l'a fait. Pas les raisonneurs juifs qui n'y ont même pas songé.
Vous avez dit faute morale ?
Ce que je ne puis admettre c'est que nos pétisionistes, avec un étrange anachronisme, fassent porter le poids moral de la responsabilité de l'enlisement du processus de paix sur la tête d'Israël, comme si le gouvernement israélien était resté immobile, comme si l'Autorité Palestinienne avait, à l'inverse, fait montre du sens du compromis historique.
Voilà un premier ministre élu démocratiquement qui décide, contre la pente naturelle de son camp politique, de reconnaître le bien-fondé d'un État arabe de Palestine et de prononcer le gel provisoire des constructions dans les territoires disputés.
Voilà un Président Palestinien, dont il est recommandé de louer l'extrême modération, qui continue, à l'instar de sa population, de refuser la légitimité d'un État juif en Palestine, autrement dit d'entériner enfin le partage de 1947.
Au même moment où les israéliens commettaient la bourde administrative qui servit de prétexte au vice-président Bidden pour s'estimer offensé, l'Autorité Palestinienne décernait le nom d'une place de Ramallah à un terroriste responsable de la mort de 37 civils israéliens.
Depuis, mais un peu tard, Mme Clinton a condamné cette provocation peu contributive de paix. Pas les pétitionnaires juifs.
Vous avez dit faute morale ?
Bien sûr que la position israélienne est aujourd'hui inaudible en Europe. Comment pourrait-il en être autrement après le dénigrement médiatique systématique et permanent auquel nous assistons depuis des lustres. Est-ce une raison de voler au secours de la défaite ? d'enfoncer un peu plus la tête de l'être aimé dans la boue de la réprobation unilatérale sous l'étrange prétexte d'affection et de crainte pour lui ?
Hitler a réussi la plus grande escroquerie politique du XXe siècle en vendant aux jobards que sa revendication satisfaite sur les Sudètes mettrait définitivement fin à ses exigences territoriales.
Les Palestiniens et leurs alliés sont en passe de réitérer le même exploit au XXIe siècle en laissant à penser que le dernier obstacle à la paix serait l'abandon des positions juives dans les territoires disputés et à Jérusalem.
Il est littéralement incroyable que des intellectuels férus d'Histoire, que des observateurs angoissés de l'actualité proche-orientale aient déjà oublié que les concessions unilatérales israéliennes, loin de faire avancer la cause de la paix, incitent un adversaire déjà peu intéressé à la renonciation à ses droits sacrés , à la surenchère irrédentiste.
Quant à espérer une meilleure position diplomatique, une plus grande popularité au sein de l'opinion internationale, voilà encore qui relève et de la candeur et de l'amnésie.
Ont-ils oublié, nos diasporiques donneurs de leçons de morale et de sagesse, qu'il y a seulement quelques mois, l'État juif, qui s'était pourtant retiré de Gaza et qui s'est vu agressé par un mouvement terroriste et islamiste censé être honni, n'a bénéficié d'aucune compréhension et a vu au contraire son premier ministre -- qui n'était pas Benjamin Nétanyahou -- menacé des foudres de la justice internationale, dès l'instant où il dut recourir à la légitime violence d'État ?
Si d'aventure, le chef du gouvernement israélien décidait, sous la pression, et avant toute négociation, un geste sans contrepartie, il pourrait peut être escompter 24 heures de sympathie mondiale, avant que de nouvelles pressions recommencent, sur fond d'admonestations et de désinformations mensongères.
À ce dernier sujet, il aurait été sans doute plus utile à la cause de l'État que l'on ambitionne de sauver, dès lors ou l'on s'adresse au lecteur du Monde et de Libération, en grand déficit d'information raisonnable, mais qui ne souffre pas cruellement d'une pénurie de remontrances à l'égard dudit État, d'expliquer le caractère inique de la justice onusienne en général et du rapport Goldstone en particulier.
Il est douteux que le premier ministre israélien, qui ne doit pas lire tous les jours la presse française, s'inspire des dernières recommandations publicitaires qu'elle contient.
Il est douteux que la communauté juive française soit également ébranlée dans sa solidarité déterminée qui lui vient non d'un suivisme borné mais des leçons amères de l'expérience historique, ancienne ou récente, sagement méditée.
Il n'est pas douteux que les contempteurs d'Israël trouveront dans la pétition juive matière à jouissance intellectuelle et politique.
Il est absolument certain que le lecteur de bonne volonté, déjà tellement égaré, sera davantage encouragé à croire que, décidément, les Israéliens n'ont pas raison.
Vous avez dit faute morale ?
Gilles William GOLDNADEL
22/4/2010
Jérusalem est au-delà des politiques ! Pour Jérusalem !
ELIE WIESEL
C'était inévitable, Jérusalem est de nouveau au centre des débats politiques et des tempêtes internationales. De nouvelles et d’anciennes tensions remontent à la surface, à un rythme inquiétant. Jérusalem ! Dix-sept fois détruite et dix-sept fois reconstruite, est toujours au milieu d’affrontements diplomatiques qui pourraient mener à un conflit armé. Ni Athènes, ni Rome n’ont suscité autant de passion.
Pour moi, le Juif que je suis, Jérusalem est au-dessus de la politique. Elle est mentionnée plus de six cents fois dans la Torah, et pas une seule fois dans le Coran. Sa présence dans l’histoire juive est écrasante. Il n’y a pas de prière plus émouvante de l’histoire juive que celle exprimant notre désir de retourner à Jérusalem. Pour beaucoup de théologiens, c’est l’histoire juive, pour de nombreux poètes, c’est une source d’inspiration. Elle appartient au peuple juif et elle est beaucoup plus qu’une ville, c’est ce qui lie un Juif à un autre d’une manière qui reste difficile à expliquer. Quand un Juif visite Jérusalem pour la première fois, ce n’est pas la première fois, c’est un retour aux sources. La première chanson que j’ai entendue était une berceuse de ma mère à propos de Jérusalem. Sa tristesse et sa joie font partie de notre mémoire collective.Depuis que le roi David s’empara de Jérusalem comme sa capitale, les Juifs ont vécu à l’intérieur de ses murs, et, ils ont subi deux brusques changements, lorsque les envahisseurs romains, leur interdirent l’accès à la ville et de nouveau sous l’occupation jordanienne, les Juifs, sans distinction de nationalité se sont vus refuser l’entrée du vieux quartier juif, pour méditer et prier au Mur, le dernier vestige du temple de Salomon. Il est important de se rappeler, que si la Jordanie n’avait pas rejoint l’Egypte et la Syrie dans la guerre contre Israël, la vieille ville de Jérusalem serait encore arabe. De toute évidence, tandis que les Juifs étaient prêts à mourir pour Jérusalem, ils ne tueraient pas pour Jérusalem.
Aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire, les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans, peuvent, sans entrave, vénérer leurs sanctuaires. Contrairement à certains rapports de médias, Juifs, Chrétiens et Musulmans sont autorisés à construire leurs maisons partout dans la ville. La douleur ressentie pour Jérusalem, ne concerne pas l’immobilier, mais la mémoire.
Quelle est la solution ? La pression n’engendrera pas de solution. Y a-t-il une solution ? Il doit y en avoir une ! Et, il y en aura une ! Pourquoi lutter contre le problème le plus complexe et sensible si prématurément ? Pourquoi, avant toute chose, n’est-il pas pris des mesures qui permettront aux communautés israéliennes et palestiniennes de trouver des modalités pour vivre ensemble dans une atmosphère de sécurité ? Pourquoi, ne pas ranger, pour un temps, le plus embarrassant et délicat des problèmes ?
Jérusalem doit rester la capitale spirituelle juive du monde, Jérusalem ne doit pas être un symbole d’angoisse et d’amertume, Jérusalem doit être un symbole de confiance et d’espoir. Comme le maître hassidique Rabbi Nahman de Bratslav a dit : "Tous dans ce monde ont un cœur, et le cœur, a lui-même son propre cœur."
Jérusalem est le cœur de notre cœur, l’âme de notre âme !
Lettre d'Elie Wiesel publiée en première page de l'International Herald Tribune, le Washington Post, et le Wall Street en date du 16 avril 2010 et dans le New York Times le 18 avril 2010.
9/4/2010
Désinformation : L'empathie pro-palestinienne de l'AFP
« Un adolescent palestinien de 15 ans a été tué mardi par des tirs israéliens dans le sud de la bande de Gaza. L'adolescent s'était approché de la barrière de sécurité ».
Voilà ce que les auditeurs français ont entendu ou découvert sur Europe 1, Libération, Le Figaro, Nice Matin, L'Express et d'autres grands médias.
Or, cette information était mensongère.
Elle n'a fait, une nouvelle fois, qu'accroître le ressentiment envers un pays tueur d'enfants, la prévention entre les communautés, et de manière générale, la réprobation d'Israël.
Cette information a été diffusée par l'Agence France Presse, sans la moindre prudence, comme un fait avéré avec la référence habituelle : « source hospitalière palestinienne ».
Quelques jours après, nous apprenions que l'adolescent en question était vivant et qu'il avait été arrêté au sortir d'un tunnel de Gaza par les autorités égyptiennes avant que d'être restitué à sa famille.
L'AFP a pris, comme d'habitude, pour argent comptant les soi-disant informations hospitalières dont pourtant depuis de nombreuses années chacun connaît le haut degré de militantisme désinformateur.
L'AFP n'a pas tenu compte des dénégations israéliennes et encore moins présenté des excuses à ses autorités ainsi qu'à l'ensemble de ses consommateurs d'information.
En réalité, c'est l'empathie pro-palestinienne avec laquelle l'agence accueille ce type de nouvelles morbides qui explique son manque total d'esprit critique et son refus d'utiliser ne serait-ce que l'élémentaire conditionnel.
La même remarque pouvant être d'ailleurs réservée à la presse qui reprend de telles informations dont elle peut, comme nous tous, connaître le manque de crédibilité absolue.
Je me permettrais une dernière remarque : le Washington Post et le New York Times qui ne sont pourtant pas des journaux acquis au gouvernement israélien, ont révélé à leurs lecteurs ce nouveau dérapage médiatique.
Curieusement, la presse française s'est abstenue de toute critique.
Un esprit candide pourrait pourtant considérer que le fonctionnement de l'Agence France Presse est susceptible d'intéresser davantage les journaux français.
Allez donc savoir pourquoi, cela n'est manifestement pas le cas.
Gilles William Goldnadel
(d'après sa chronique sur Radio J)
23/3/2010
La synagogue du Rambam au Caire ou l’occasion perdue
Michèle Mazel
L’’Egypte et Israël, ennemis naguère et aujourd’hui liés par une paix fragile, ont manqué en ce début de mars une rencontre avec l’histoire. Depuis quatre mille ans que de difficiles relations existent entre ces deux pays et ces deux peuples voisins, quelques grandes figures ont émergé qui sont révérés par les uns comme par les autres. Moise est considéré comme un égyptien sur les bords du Nil et son effigie fait face à celle de Joseph dans le musée de cire de Helwan. Il en est de même pour Moise Ben Maimon, le Rambam, le grand philosophe qui fut aussi médecin de Saladin. Après sa mort Juifs et Arabes ont attribué des vertus miraculeuses à sa Yeshiva, l’école où il s’adressait à ses disciples. Ce petit édifice au coeur de ce qui était le quartier juif du Caire, le Haret el Yehud attirait les malades de toutes les communautés qui venaient y chercher la guérison. Mais les Juifs ont été chassés de ce quartier comme du reste de l’Egypte et la vénérable Yeshiva a souffert des ravages du temps et de la montée des eaux d’une nappe souterraine. La synagogue adjacente s’est écroulée lors d’un tremblement de terre. Seuls de rares visiteurs étaient autorisés à venir se recueillir en ce lieu. C’est alors que le ministre égyptien de la culture, qui briguait la direction de l’Unesco, a annoncé sa volonté de restaurer des monuments juifs. Il y eut d’abord la grande synagogue du Caire, Shaar Hashamaim, dont le centenaire fut célébré avec faste fin 2007, puis vint le tour de la Yeshiva et de la synagogue. Un admirable travail de reconstruction aboutit à des résultats spectaculaires et tout était prêt pour la réouverture de ce lieu de mémoire. La présidente de la petite, toute petite, communauté juive du Caire commença à lancer les invitations. De partout les réponses fusèrent, positives. De France, d’Angleterre, des Etats Unis, des Juifs qui avaient été forcé de quitté l’Egypte près d’un demi siècle plus tôt avec pour seule richesse le vêtement qu’ils portaient annonçaient leur venue. Un groupe de rabbins appartenant à la mouvance Chabad, qui fait du Rambam la clé de son enseignement religieux se décida à faire lui aussi le voyage. Et puis, brutalement, vint l’annonce du gouvernement égyptien. Que les Juifs fêtent entre eux et dans la discrétion : les Egyptiens quant à eux inaugureraient l’endroit en grande pompe une semaine plus tard – sans eux. Deux dates furent donc fixées : le dimanche 7 mars, pour les Juifs et le suivant pour les Egyptiens….On se demande quel personnage au sein du gouvernement de l’Egypte a pu prendre une décision aussi invraisemblable que choquante. Nous y reviendrons. Le jour venu, des petits groupes de gens plus très jeunes ont pris le chemin de la synagogue. Dans ce pauvre quartier où aucune rue n’est asphaltée, les autorités avaient pris soin de goudronner la veille une unique ruelle, la seule par laquelle les visiteurs étaient autorisés à passer. Les riverains avaient été priés de rester chez eux et de fermer portes et fenêtres, pour éviter tout contact ; à chaque rencontre avec une autre allée, des bâches de tissu bariolé avaient été tendus pour en barrer l’accès. C’est en pure perte que journalistes égyptiens et étrangers voulurent entrer au temple : les uns et les autres furent vigoureusement refoulés par les forces de l’ordre, dont le nombre dépassait celui des participants. La consigne était stricte : l’événement devait se passer sans publicité aucune. Il y a vingt ans, dix ans peut-être, c’eut été possible. A l’heure du blackberry et des téléphones intelligents, la bataille était perdue d’avance, d’autant que les rabbins étaient venus avec une caméra de télévision pour commémorer ce qui pour eux étaient une occasion historique. Le soir même on pouvait voir sur CNN et sur la deuxième chaîne de la télévision israélienne les images d’une cérémonie toute simple mais profondément émouvante en présence de
l’ambassadeur d’Israël Itzhak Lebanon et de Margaret Scobey, ambassadeur des Etats Unis ; le lendemain la presse égyptienne s’en faisait écho, les journaux d’opposition en particulier. Il y avait ceux qui protestaient l’usage de fonds publics pour restaurer un site juif, et ceux, non moins nombreux, qui s’indignaient de la présence de l’ambassadeur d’Israël dans un haut lieu musulman. Tous s’accordaient à évoquer les festivités prévues pour la semaine suivante.
Au bout de quelques jours les officiels égyptiens ont enfin compris ce que de telles festivités sans les Juifs auraient de grotesque. Mais comment annoncer leur annulation sans perdre la face ? En blâmant Israël et les Juifs évidemment. Un communiqué très officiel expliqua donc que la célébration prévue n’aurait pas lieu, et ce pour deux raisons. D’une part, on ne pouvait fêter la rénovation d’une synagogue alors que les Israéliens portaient atteinte à la liberté du culte des Musulmans dans les territoires occupés ; de l’autre le spectacle des vénérables rabbins buvant de l’alcool durant la cérémonie avait profondément choqué les Egyptiens. En ce qui concerne le premier argument, s’agissant d’une inauguration purement égyptienne sans le moindre Juif ou Israélien, on ne voit pas très bien le rapport. Pour le second, les Juifs ont bien le droit de se conduire comme ils l’entendent à l’intérieur de leurs temples.
La restauration et la rénovation de ces deux sanctuaires si chargés de signification pour le peuple juif aurait pu, aurait du être, l’occasion d’une rencontre fraternelle avec le peuple égyptien au sein duquel Moïse Maimonide a vécu. Cela, le régime ne l’a pas voulu. C’est bien dommage.
8/3/2010
LES SILENCES DU MONDE
Celui qui se voudrait toujours le journal de référence de la presse française, toujours prompt à donner son avis sur tout et sur tous, à prodiguer des leçons morales qu'on ne lui demande plus, à excommunier ex cathedra les contrevenants à l'idée qu'il se fait de ladite morale sait se faire discret à l'occasion.
Lui qui se voudrait encore l'arbitre du bon goût et de la bonne foi n'a pas cru devoir dire un mot sur l'idée qu'il se faisait du rapport Goldstone.
Sur le fond de l'affaire, je renverrai évidemment le lecteur de bonne foi sur le merveilleux travail exécuté par l'équipe de la revue Controverse dirigée excellemment par S. Trigano dont on ne dira jamais assez le sérieux et la compétence.
Je savais d'autant plus le rapport fantaisiste, que son auteur lui-même avait d'emblée indiqué que les témoignages des habitants de Gaza, surveillés et cornaqués par le Hamas ne sauraient être considérés comme dignes de foi judiciaire.
Mais lire la mission qui a ordonné le rapport et qui comporte d'ores et déjà le jugement de condamnation de l'État d'Israël, prendre connaissance de la personnalité des rapporteurs eux-mêmes qui s'étaient illustrés préalablement dans des prises de position anti israéliennes donne un goût de cendres à la bouche de celui qui n'a plus de palais depuis longtemps pour avoir ingurgité trop d'épices corrompues.
Même le très britannique et outrancièrement anti israélien Guardian a reconnu la partialité du document onusien qui doit servir de fondement à la nouvelle réprobation de l'État juif.
Vous ne trouverez pas non plus une ligne de protestation du journal qui traque chaque jour l'infamie raciste sur cette baronne anglaise membre de la Chambre des Lords qui a réclamé une enquête internationale pour savoir si l'armée israélienne envoyée à Haïti pour sauver des vies humaines - ce qu'elle à fait - avait trafiqué les organes des victimes (voir mon précédent blog sur cette information reprise sur le site plus prolétarien du NPA).
J'allais écrire que le quotidien que vous savez était resté également coi sur le sujet du boycott illégal - et condamné - des produits israéliens.
Mais c'eut été injuste. Le journal a en effet publié gentiment une tribune d'un responsable Vert qui proteste contre une décision remarquée et remarquable de La Cour Européenne des Droits de l'Homme qui confirme la condamnation du maire communiste et boycotteur de Seuclin. Notre commentateur hébergé dans le très sérieux journal vespéral y voit, sans rire, un nouvel Outreau. Rien de moins.
Boycott pour boycott, il m'arrive de me demander pourquoi les amis d'Israël utilisaient si souvent la rubrique nécrologique de ce quotidien.
Si les Juifs mouraient moins dans le Monde, ils vivraient peut-être mieux.
Gilles William GOLDNADEL
14/2/2010
Le Fonds pour le Nouvel Israël (New Israel Fund) et la menace de la gauche sur le système démocratique israélien
par Joel Fishman, Makor Rishon, vendredi 12 Février 2010
Titre original : The New Israel Fund and the Threat from the Left to Israel's Democratic System
Il y a deux semaines, les révélations du groupe d'étudiants sioniste Im Tirtsu ont provoqué un choc dans l’opinion publique israélienne. Im Tirtsu révélait dans un langage clair et par le détail, que seize organisations soutenues par le Fonds pour le Nouvel Israël (NIF) avaient fourni la majeure partie de l'information sur laquelle s’appuyait le rapport Goldstone. Ces révélations étaient au cœur d’une autre affaire fort déplaisante, le rapport Goldstone lui-même, dont la publication a porté un coup puissant en termes politiques à la légitimité de l'État. Les dirigeants israéliens ne sont pas parvenus à anticiper les conséquences politiques de l’opération « Plomb durci » de l’hiver dernier : l’accusation de crimes de guerre portée contre Israël et la mise en cause de sa place respectable dans la communauté des nations. Il en est résulté des dommages et des condamnations sans précédent.
Ce revers politique spectaculaire est l’aboutissement d'une grave erreur d’appréciation de la part des hauts dirigeants israéliens qui ont analysé la sécurité en termes militaires et délibérément relégué la dimension politique au second plan. Par exemple, dans une interview à la chaîne de télévision israélienne Ayala Hasson du 21 janvier 2009, Ehud Barak, le ministre de la défense, a déclaré avec beaucoup d’assurance qu’Israël avait porté des coups sans précédent au Hamas, et qu’au besoin, il n'hésiterait pas à envoyer à nouveau l'armée à Gaza pour en porter d’autres.
Lentement mais sûrement, les règles du jeu ont à présent changé. Dans la mesure où ils n’étaient pas capables de remporter une victoire militaire, les ennemis d’Israël ont fait la guerre par des moyens indirects. Leur but politique principal est de détruire la légitimité d’Israël et de la transférer à l'Autorité palestinienne. Saper les fondements de la structure politique de ce pays, porter atteinte à ses valeurs traditionnelles sur la famille et la religion, défigurer son système juridique et ses institutions garantes de l’application de la loi, affaiblir ses forces armées, paralyser la capacité de son gouvernement d’utiliser ses moyens militaires et limiter ainsi ses choix d’auto défense, tout cela faisait partie de leur tactique. ce qui est nouveau dans le sillage du rapport Goldstone, c’est la prise en compte officielle du défi que constitue ce genre de guerre politique. En effet, le premier ministre Netanyahou s’est dit déterminé à s’attaquer à ce qu'il a nommé l'"effet Goldstone."
En conséquence, le NIF doit être considéré comme une maille et un important relais dans un réseau culturel et politique dont le véritable but est de saper les bases de l'État juif d'Israël et de le remplacer par quelque chose d’autre. Le NIF n'est pas élu démocratiquement, il ne représente pas une circonscription électorale. Bien que son objectif affiché soit de "renforcer la démocratie" en Israël, la nature de ses activités ne plaide pas dans ce sens. Une organisation comme le NIF reçoit des fonds de donateurs privés, de fondations basées à l’extérieur, et de gouvernements étrangers. En retour, il distribue des fonds à des organismes de même sensibilité que lui mais de taille plus petite. Ces derniers sont actifs parmi les Juifs et les Arabes, cultivant le mécontentement des populations et accumulant un capital politique sur la base de leurs griefs.
Le Fonds pour le Nouvel Israël est bien plus qu’une fondation charitable. Il mène une guerre politique, opérant selon les méthodes d’un organisme écran "qui sert de couverture à des activités et des objectifs différents de ceux qu’il professe." Dans les années 30, le génie de la propagande du Comintern, Willi Muenzenberg, a inventé cette forme organisationnelle (Nouveau dictionnaire Fontana de la pensée moderne). Bien que le Comintern ait disparu, les organismes écran continuent de fonctionner en Israël et ailleurs, et ils utilisent des méthodes traditionnelles, conformes à l’idéologie du marxisme-léninisme.
Le mode opératoire d’une organisation de ce genre consiste à déclarer qu'elle s’efforce d’instaurer la justice sociale et de promouvoir le progrès dans la société israélienne, tout en dissimulant que son but final, le Nouvel Israël, ne peut être atteint qu’à condition de détruire Israël tel que nous le connaissons. La conséquence logique de ce genre de programme est le coup d'État, qui fait suite à un processus consistant à discréditer l'idéal sioniste, à vider de leur contenu ses institutions sociales et politiques, et à priver de ses droits politiques la classe moyenne qui détient le pouvoir dans la société israélienne. Les organismes écran de notre temps cachent leurs véritables objectifs et agissent intentionnellement sur un mode décentralisé pour échapper à la surveillance des institutions garantes de l’application de la loi. Ils peuvent néanmoins être identifiés du fait de l'uniformité du message qu'ils émettent.
Le problème du Fonds pour le Nouvel Israël, c’est qu’en fournissant des informations pour le rapport Goldstone en coopération avec ses organismes affiliés, il a trop bien réussi, attirant l'attention sur sa formidable force de pénétration. Si on peut tirer quelque chose de positif de cette malheureuse expérience, c'est qu’il nous faut bien saisir les objectifs des groupements de ce genre et l’étendue de la menace qu'ils représentent pour la stabilité de la société israélienne et pour sa démocratie fondée sur la loi. Pendant des années la sagesse consistait à admettre due "l’extrême droite" constituait un danger mortel pour l'État. La leçon que nous pouvons retenir des révélations dramatiques toutes récentes du rapport de Im Tirtsu est que la gauche radicale, bien organisée et dotée de moyens importants, peut représenter une menace bien plus dangereuse pour l'état d'Israël.
Le docteur Joel Fishman est membre d'un organisme de recherches de Jérusalem.
25/1/2010
13/1/2010
10/12/2009
Le Hezbollah: mission universelle
L'Orient le Jour
par Michel Touma
« Je voudrais être franc et clair. Notre position concernant la question du wilayet el-fakih est une position de principe, idéologique et religieuse, et non pas une position politique qui pourrait être remise en cause. » Cette petite phrase lancée par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, en réponse à la question d'un journaliste, après la lecture du document politique rendu public lundi, résume à elle seule l'essence du conflit qui oppose le parti chiite pro-iranien à une nette majorité de Libanais, dont nombre d'intellectuels, de penseurs, de cadres et de responsables chiites. Car le document politique confirme explicitement ce que nul n'ignore depuis des lustres, à savoir que pour le Hezbollah, le wali el-fakih est le guide suprême de la République islamique iranienne, en l'occurrence présentement Ali Khamenei (ou son successeur, quel qu'il soit). Or, comme cela a été relevé à maintes reprises en plusieurs circonstances - et, entre autres, dans ces mêmes colonnes -, le problème à cet égard réside essentiellement dans le fait que le choix « idéologique et religieux » fait par le Hezbollah implique que les grandes décisions politiques d'ordre stratégique, dont notamment la décision de guerre et de paix (et, par suite, le sort des armes), sont du seul ressort du wali el-fakih au pouvoir à Téhéran. La littérature politique officielle du Hezbollah est sur ce plan on ne peut plus claire et franche.
Une lecture attentive et minutieuse du document politique permet de mesurer toute la portée de cette position de principe et de relever qu'au-delà de la forme et de la phraséologie arabe, le projet politique de l'allié local de Téhéran n'a nullement évolué dans ses grandes lignes et dans ses fondements géostratégiques. L'on pourrait même déceler une certaine radicalisation par rapport au premier document fondateur de 1985, en ce sens que le Hezbollah se fixe désormais une mission mondialiste et universelle dans la lutte contre ce qu'il qualifie d'« arrogance américano-israélienne et occidentale », alors que dans les années 80 et 90, le rôle qu'il revendiquait était le combat contre l'occupation israélienne. « La résistance (comprendre le Hezbollah) a pu développer sa dimension politique et humaine, de sorte que de là où elle constituait une valeur nationale libanaise, elle est devenue aussi une valeur arabe et islamique, et aujourd'hui, elle représente une valeur internationale et humaine dont le modèle et les réalisations sont une source d'inspiration dans la littérature de tous ceux qui aspirent à la liberté et l'indépendance aux quatre coins du monde », affirme sans ambages le document.
Ce positionnement que se donne le Hezbollah à l'échelle planétaire suscite de graves points d'interrogation dans la mesure où il ressort du document politique que le parti pro-iranien ne perçoit la conjoncture régionale et internationale que sous l'angle d'une vaste confrontation continue et sans merci avec les États-Unis et le monde occidental, en général. Particulièrement significatif à ce propos est le passage définissant pratiquement les « conditions » posées par le Hezbollah pour une coopération avec les pays européens. Le document « invite » ainsi, sans scrupules, l'Union européenne à prendre ses distances vis-à-vis de Washington, à se montrer « autonome » et à se départir de sa politique atlantiste. Rien que ça... Tout un programme !
Au chapitre du conflit proche-oriental, le parti chiite réaffirme son rejet du principe même des négociations avec Israël et son refus de toute initiative de paix. Il souligne dans ce cadre que « l'option de la résistance est un besoin fondamental et un facteur objectif nécessaires pour consolider la position arabe et affaiblir l'ennemi », ce qui revient à prôner implicitement l'édification d'une société guerrière, non seulement au Liban, mais aussi dans le monde arabe, dans la perspective du grand combat contre « le despotisme et l'arrogance américano-israéliens, avec ses alliances et ses ramifications directes et indirectes ». Et le Hezbollah n'accorde un rôle central dans cette lutte qu'à Téhéran, affirmant que « susciter des contradictions avec la République islamique iranienne de la part de certaines parties arabes ne sert qu'Israël et les États-Unis ». Rejetant manifestement la responsabilité des tensions actuelles avec l'Iran sur les pays arabes, le document exhorte ces derniers à « faire preuve de coopération et d'esprit fraternel » à l'égard de Téhéran qui devrait être traité comme « un pôle stratégique et un modèle souverainiste et indépendantiste » dans la lutte de libération soutenant « le projet arabo-islamique ».
En clair, le Hezbollah se fixe comme objectif d'entraîner le pays, de manière (évidemment) unilatérale, dans une confrontation universelle et ouverte avec Washington et ses alliés occidentaux et arabes. Et pour clore la boucle dans ce cadre, le parti chiite met l'accent sur la pérennité de la résistance, c'est-à-dire de son appareil militaire. « Israël constitue une menace permanente pour le Liban », et par voie de conséquence, le rôle et la mission de la résistance constituent une « nécessité nationale permanente ». Partant du postulat que « l'État fort est inexistant », le Hezbollah souligne que la seule option possible dans un tel contexte est la coexistence et un partage de rôles entre « la résistance populaire » appelée à contribuer à la « défense du pays », et l'armée dont la mission est de « protéger le pays » et de « consolider la sécurité et la stabilité ».
La vision que se fait ainsi le Hezbollah de son rôle à l'échelle arabe et planétaire, ainsi que sa perception et son analyse des enjeux régionaux et internationaux de son projet politique - le tout fondé sur l'option « idéologique et religieuse » du wilayet el-fakih - laissent très peu de place à un dialogue interne et à un véritable partenariat national, pourtant réclamé à cor et à cri par le parti chiite lui-même. Pour appeler les choses par leur nom, le document politique rendu public lundi vient bel et bien confirmer dans son essence ce qui était déjà établi, à savoir que le positionnement politique du Hezbollah et sa ligne de conduite sur la scène locale dépassent largement le cadre libanais et restent totalement tributaires de la raison d'État de la République islamique iranienne.
9/11/2009
C’est Dieu qu’on assassine…
par Nagid Aoun
Le monde est fou ? Évidemment qu'il l'est, totalement, complètement. Un monde déboussolé, livré aux états d'âme des uns, aux humeurs perverses des autres, mais nullement conscient de sa démence, de sa schizophrénie.
Le monde est fou depuis qu'il existe, il l'est devenu à l'heure même où Ève a offert le fruit défendu à Adam, à l'heure même où Caïn a tué Abel. La folie s'est poursuivie tout au long des siècles, tout au long des années de désastres, de détresse, et ne s'arrêtera jamais aussi longtemps que l'homme prendra sa démence pour du génie, ses convictions pour révélations divines, ses propos pour paroles d'Évangile.
Faut-il égrener les horribles souvenirs, les pages d'une histoire universelle qui baigne dans le sang des innocents, qui s'écrit en lettres écarlates ? Tueries, massacres, crimes de guerre, génocides, est-il vraiment nécessaire de remonter le temps pour faire l'inventaire de la bêtise humaine ?
N'allons pas loin dans le passé : d'une Première Guerre mondiale où les soldats allaient à la mort une fleur au bout du fusil, à une seconde conflagration mondiale où la folie d'un homme a subjugué les esprits, a ouvert la voie à l'impensable, à la troisième guerre planétaire, celle qui est en cours, celle d'un terrorisme sacrificiel où des milliers d'hommes tuent ou tombent au nom d'Allah le Miséricordieux, les preuves de l'inévitable, quasiment du « maktoub », s'accumulent, chaque jour plus accablantes, chaque jour plus assassines.
De l'Afghanistan à l'Irak, d'un Ben Laden qui se prenait pour le glaive de l'islam, destiné à punir les infidèles, à éliminer « les nouveaux croisés », à un George Bush qui se disait investi d'une mission divine pour éradiquer le mal, le facteur religieux est omniprésent, toujours brandi pour justifier l'injustifiable, pour faire admettre le bien-fondé d'aventures hasardeuses, d'expéditions meurtrières.
Et comme par ricochet, à l'image de pions qui se déplacent d'une manière anarchique, l'on voit un Ahmadinejad, lui aussi totalement immergé dans ses convictions religieuses, promettre la fin prochaine d'Israël, sa quasi-élimination, nier la vérité historique des camps d'extermination nazis, au rythme de la litanie quotidienne de « mort à l'Amérique ».
À des milliers de kilomètres de là, dans une ville paisible des États-Unis, un officier supérieur américain, musulman d'origine palestinienne, entre soudainement en transes et, fusil à la main, abat treize de ses collègues au cri d'Allah Akbar.
Évidemment, il n'existe aucun lien entre Ben Laden, Ahmadinejad et le commandant Nidal Malik Hasan, mais en arrière-plan, en toile de fond, il y a la Palestine, il y a Jérusalem, et ce formidable héritage religieux, cette horrible incompréhension qui déchirent la région depuis vingt siècles.
Sur ce damier explosif, le Liban, lui, est aux premières loges, au centre d'une mosaïque qui a pour référence le même Dieu et qui implose chaque jour au nom du même Dieu. « Peuple élu », d'un côté, accroché à sa « Terre promise » et, de l'autre, un peuple martyrisé que l'État hébreu veut extraire, expulser du sol de ses ancêtres, de la terre qui est la sienne depuis des éternités.
Au Liban, c'est Anne Frank qui en fait les frais. Extrémisme plus ignorance : le journal d'une enfant juive promise à l'extermination est assimilé à une propagande sioniste et est frappé d'interdit !
C'est Allah le Miséricordieux qu'on assassine une fois de plus... et le meurtrier est un parti qui se revendique de Dieu ! Le monde n'est pas seulement fou, il est aussi, très souvent, infâme...
29/9/2009
Équation inversée
par Michel Touma
Dans le sillage du repositionnement politique auquel il s'est spectaculairement livré au début du mois d'août dernier, le leader du PSP Walid Joumblatt a appelé à plusieurs reprises ces derniers jours à un « dialogue » entre l'Iran et les pays arabes dits modérés, soulignant, dans ce même ordre d'idée, que ces derniers, plus particulièrement l'Arabie saoudite, l'Égypte et la Jordanie, devraient éviter de se laisser entraîner dans une politique d'axes régionaux hostile à la République islamique iranienne.
En clair, cet appel de Walid Joumblatt à la raison et au dialogue renvoie pratiquement dos à dos l'Iran et les pays arabes modérés. En d'autres termes, le leader du PSP semble vouloir se maintenir au-dessus de la mêlée et transcender, ou tout au moins occulter, en quelque sorte la nature du conflit d'un genre nouveau qui secoue le Moyen-Orient, sous l'effet des visées iraniennes sur la région. Il apparaît en effet évident, pour qui suit de près, à partir d'une position de recul, les développements géopolitiques sur la scène moyen-orientale, que nous assistons non pas à un classique et traditionnel bras de fer entre deux blocs antagonistes, mais plutôt à une véritable offensive militaro-politico-sécuritaire iranienne en direction du monde arabe. Ce que Walid Joumblatt s'abstient de dire, ce qu'il s'emploie à dissimuler totalement, c'est qu'il y a dans cette affaire un agresseur et un agressé. Les faits à cet égard sont particulièrement éloquents.
Parallèlement à sa tête de pont sur les bords de la Méditerranée que constitue le Hezbollah, la République islamique a réussi ces dernières années à récupérer le Hamas en le transformant en un nouvel instrument - complémentaire au parti chiite - au service de ses desseins stratégiques. Et c'est en s'appuyant sur ces deux tremplins que le régime iranien a lancé son expansion rampante. Le vaste réseau implanté par le Hezbollah en Égypte et démantelé par les autorités égyptiennes a été perçu non seulement au Caire, mais également dans nombre de capitales arabes comme l'une des manifestations de cette volonté de Téhéran d'étendre son hégémonie dans la région et de s'imposer comme le principal acteur du conflit proche-oriental.
Au Yémen, le régime iranien est accusé de soutenir ouvertement la rébellion des « Houthis » contre le pouvoir central. Le président Ali Abdallah Saleh a été jusqu'à affirmer récemment, dans une interview au quotidien al-Hayat, que le Hezbollah a encadré et entraîné les miliciens relevant des « Houthis ». Il aura fallu, semble-t-il, l'intervention de l'aviation militaire saoudienne, selon certaines informations, pour contenir l'ampleur de la rébellion, ce qui reflète l'importance de l'aide fournie par Téhéran aux « Houthis ».
Quant à l'Irak, les ingérences iraniennes sont un secret de polichinelle, et là aussi, le Hezbollah est accusé de seconder les rebelles chiites. Un cadre du Hezbollah a notamment été arrêté à Bagdad pour son rôle dans l'encadrement des milices pro-iraniennes.
Et cerise sur le gâteau, l'hebdomadaire français L'Express a rapporté dans son avant-dernière édition qu'un coup d'État fomenté par des officiers proches de l'Iran a été déjoué en juillet dernier... au Qatar. À en croire le périodique français, plusieurs officiers supérieurs connus pour leurs liens avec le régime de Téhéran ont été arrêtés ou placés en résidence surveillée à la suite de ce coup de force avorté. Cette information - si elle s'avère exacte - est d'autant plus significative de l'ampleur des desseins hégémoniques de la République islamique que le pouvoir en place au Qatar est connu pour son attitude plus qu'amicale envers Téhéran, et envers la tête de pont iranienne que constitue le Hezbollah. Et puisque l'on parle d'un pays du Golfe, il ne serait pas inutile de rappeler dans un tel contexte global le vieux contentieux qui oppose l'Iran aux Émirats arabes unis sur les îles d'Abou Moussa.
Plus près de nous, les velléités hégémoniques de la République islamique se manifestent par une double offensive politico-sécuritaire farouche qui a pour théâtre Gaza et le Liban. S'appuyant sur le levier du Hamas, le régime iranien a tenté de bouleverser la donne géopolitique en se livrant, par le biais du mouvement fondamentaliste, à un coup de force contre l'OLP dans le but évident de contrôler la carte palestinienne, de s'imposer en seul acteur et décideur régional, non pas tant pour aller de l'avant dans la lutte contre Israël, mais plutôt pour conforter et consolider son rôle de puissance moyen-orientale.
Quant au Hezbollah, son rôle déstabilisateur chronique au Liban - mais aussi dans certains pays de la région - n'est plus à démontrer. Porte-étendard d'un ambitieux projet extraterritorial, il bouscule les frontières pour tenter d'entraîner non seulement le pays du Cèdre, mais aussi l'ensemble de la région - en bon relais de Téhéran - dans une vision théocratique fondée sur la théorie iranienne de la wilayet el-faqih, l'objectif ultime étant d'édifier une société guerrière engagée dans un conflit sans fin et sans horizon avec Israël et le monde occidental. Du coup, c'est l'essence même de la formule libanaise, la raison d'être, les spécificités et les délicats équilibres politico-communautaires du pays qui sont dangereusement remis en cause par « l'OPA sauvage » lancée par la République islamique sur le Liban.
À la lumière de l'ensemble de ces percées iraniennes dans la zone du Golfe et du Moyen-Orient, prétendre avec Walid Joumblatt qu'il revient aux pays arabes de ne pas se lancer dans une politique de confrontation avec l'Iran reviendrait à inverser l'équation régionale par un stupéfiant tour de passe-passe qui constitue non moins qu'une insulte à l'intelligence des Libanais. À moins que l'on conçoive la politique comme une banale partie de Risk et les rapports avec l'opinion publique comme rien d'autre qu'un exercice médiatique, risible, accessoire et folklorique.
10/9/2009
Désarmer l’Amérique : l'administration Obama à l'ombre du 11 septembre
par Joël Fishman, historien et chercheur
Traduction : Objectif-info
Un célèbre historien et philosophe français, Ferdinand Braudel, déclara un jour que l’Histoire se déroule selon trois rythmes : le changement rapide, le changement lent et l’absence totale de changement. Les événements sont constitutifs de l'histoire rapide, mais l'étude des mouvements lents de l'histoire, sur la "longue durée," est particulièrement féconde quand on s’intéresse au changement de comportement des institutions. La Commission du 11 septembre, qui a adopté cette approche, a déclaré que dans "toutes les études sur le gouvernement de l’Amérique, les aspects les plus importants concernent les institutions." (En effet, le professeur Ernest May, le "Senior Adviser," de cette commission a été fortement influencé par l'approche de Marc Bloch, en particulier par son ouvrage L’étrange défaite.) En conséquence, nous devons prendre en compte avec soin l'impact des idées et des attitudes du président Obama sur les institutions et les acteurs gouvernementaux, parce que ce sont eux qui modèlent en définitive la politique sur la longue durée.
La vision d'un pays sur son rôle dans le monde est une question d'importance primordiale, parce qu’elle est à la base de sa politique étrangère. Depuis que Barack Obama a publiquement répudié les politiques de son prédécesseur, George W. Bush, il est particulièrement important de comprendre les nouvelles hypothèses et les nouvelles idées sur lesquelles s’adossent les nouvelles politiques de ce président.
En quoi les vues de l'administration Obama sur la place de l'Amérique dans le monde diffèrent-t-elles de celles de l’administration précédente ? Notre réponse à cette question ne doit pas tracer une ligne de démarcation trop franche entre les politiques intérieure et étrangère, parce que les deux sont liées. Par exemple, le candidat Obama a affirmé à plusieurs reprises que les interventions de l'Amérique à l'extérieur et le programme d’aide à l’étranger ont conduit à une mauvaise allocation des ressources nationales.
Au cours de la campagne électorale, le candidat Obama a fait passer plusieurs messages essentiels. L'administration Bush avait selon lui misérablement échoué à la fois en politique étrangère et en politique intérieure. Il était mal avisé pour l'Amérique d’agir en tant que superpuissance et il ne fallait pas lancer une guerre agressive et injuste en Irak. Selon Obama, il aurait mieux valu s’occuper des problèmes intérieurs de l’Amérique, au premier chef de la justice sociale. Bien qu'il n’ait pas explicité sa pensée, ses auditoires ont clairement compris ce qu'il voulait dire. Pour lui, les dirigeants américains doivent s’efforcer d’entamer des dialogues avec leurs adversaires, d’utiliser davantage la persuasion, et de bâtir des consensus.
Le vingt et unième siècle a commencé avec le 11 septembre. La façon dont Bush et Obama ont considéré cette catastrophe révèle leur différence de perspective. L'administration Bush a proclamé qu'il était nécessaire de protéger la patrie américaine contre des menaces extérieures et déclaré la guerre au terrorisme. Bien que le Rapport de la Commission du 11 septembre, publié en juillet 2004, ait très longuement traité ce sujet, l'administration Bush a officiellement admis la haine profonde que le monde islamique ressentait pour l'Occident moderne et en particulier pour l'Amérique. Outre sa volonté de défendre la démocratie dans le pays, l'administration Bush décida que l'Amérique devait défaire le terrorisme à l'étranger, parfois au moyen de mesures préventives, et provoquer un processus de transformation du monde arabe. Elle prit aussi la résolution de propager la démocratie là où c’était possible. Bien que cette politique et sa mise en œuvre aient donné matière à des insuffisances bien identifiées, la majorité des citoyens pensait qu’elles contribuaient efficacement à la sécurité de l’Amérique.
Bien que la nouvelle administration ait discrètement poursuivi la mise en œuvre de certaines politiques et de certaines dispositions qu'elle avait notoirement condamnées, l’abandon publiquement affirmé par le président Obama de la politique du président Bush a pris une place centrale dans son programme. L'administration Obama considérait les conséquences du 11 septembre comme des déconvenues qui ne cadraient pas avec son idéologie. Ainsi, elle a récemment proclamé la fin de la guerre contre le terrorisme sans avoir la moindre certitude que les ennemis de l'Amérique considèrent eux aussi que cette guerre est terminée. À la surprise générale, elle a également recommandé que les Américains commémorent l'anniversaire du 11 septembre en rendant des services d’aide à domicile, ce qui est une forme de pénitence. La nouvelle administration trouve que les commémorations habituelles constituent un capital pour les Républicains et qu’elles doivent donc être changées.
La réponse de l'administration Bush au défi de la terreur islamique est fondée sur la certitude que l'Amérique est un pays exceptionnel, l’expression d’une réussite remontant au dix-huitième siècle, et qu’elle jouit de la grâce de Dieu. En outre, l'exception américaine signifie que l'Amérique a une mission spéciale dans le monde, celle de prendre la tête de la démocratie et de contribuer à sa diffusion. Bien que cet idéal ne puisse pas vraiment être atteint, il est tout de même valable. Dans la même veine, selon la vision de l'exception américaine, l'Amérique est une terre où l'espoir, les opportunités, et la justice sont également accessibles à tous les citoyens. John Fonte du Hudson Institute a écrit que les Américains "… combinent des convictions religieuses et patriotiques fortes avec une soif d’entreprendre empreinte d’un dynamisme insatiable qui met en relief l’égalité d’accès des individus aux opportunités existantes au détriment des phénomènes de hiérarchie et d’attribution liés à l’appartenance de groupe." Ces conceptions largement partagées s’expriment chez les Américains par un sentiment de grande confiance en soi, par du courage et une attitude impitoyable…. quand c’est nécessaire.
La vision de la place de l’Amérique dans le monde du président Obama est l'antithèse de la tradition américaine et elle s’inspire à l’évidence des enseignements de son guide spirituel, le révérend Jérémie Wright. Ceux-ci nient l'idéal de l'exception dans le pays et à l’étranger. Au lieu de cela, ils renforcent les attitudes de honte, de haine de soi, et de passivité. On peut trouver des exemples de ces conceptions dans une série d'excuses serviles reconnaissant la culpabilité de soi-disant méfaits et "crimes" américains. Obama a présenté ses excuses pour : la responsabilité de l'Amérique dans l’actuelle la crise économique, le refus de reconnaître le rôle majeur de l'Europe dans le monde, les solutions qu’elle a dictées à d'autres pays (excepté dans le cas d’Israël), le "legs de l'esclavage et de la ségrégation, le traitement dans le passé des Indigènes de l’Amérique," Guantanamo, les erreurs de la C.I.A, et, indirectement, les bombardements de Dresde, d'Hiroshima, et de Nagasaki. De telles excuses ont un prix élevé parce qu'elles placent les États-Unis dans le même sac que les véritables états criminels. C'est dans le cadre de ce nouveau système de valeurs qu’il faut comprendre les effets nocifs de l’enquête de Holder, le ministre de la Justice, sur les pratiques de la CIA en matière d'interrogatoires. La démoralisation qui résultera de son initiative pourrait saper la capacité des Agences assurant la défense de l'Amérique de protéger la vie de ses citoyens. La reconnaissance gratuite d’une culpabilité détruit non seulement l'amour-propre mais elle provoque également la paralysie de la volonté de la nation.
Logiquement, la question suivante est : quelle est la vraie signification de cette offensive malencontreuse contre le sentiment de fierté nationale ? Bien qu'on ne puisse pas en prévoir aujourd’hui les résultats, il est possible de savoir où elle mène. Avec le temps, la nouvelle politique créera des conditions objectives de confusion et de désordre qui faciliteront l’accession d’un pouvoir dictatorial et rendront possible l’application d’un programme de changement révolutionnaire. Pendant la première guerre mondiale, Lénine l’a expliqué avec une simplicité brutale, "une classe révolutionnaire dans une guerre réactionnaire ne peut que désirer la défaite de son gouvernement.... L’action révolutionnaire contre son gouvernement en temps de guerre ne signifie pas seulement, indéniablement et sans le moindre doute, désirer sa défaite, mais aussi faciliter effectivement une telle défaite...." (Défaite de son gouvernement au cours d’une guerre impérialiste, août 1915, citation de Stefan T. Possony).
A la fin des années 50, le KGB a approfondi et reformulé cette approche. Sa nouvelle division, la section D pour "Désinformation et décomposition," a développé une tactique sophistiquée, progressive mais moins triviale de "décomposition," un programme pour susciter la défaite de l’intérieur. Son but était "de saper par tous les moyens imaginables la foi des peuples occidentaux dans leurs institutions et leurs gouvernements." Eugene Methvin a décrit le but du propagandiste dans son étude des mouvements radicaux des années 60 intitulée Les Émeutiers :
… saper sa foi [ du citoyen ] dans les valeurs de sa culture, dans la justice de sa société et de son gouvernement, et détruire ainsi sa soumission à l'ordre établi [en italique dans l'original]. Dans la dernière analyse, tout ce qui tient un gouvernement ou une société ensemble, c’est la conviction, en général en partie subliminale et totalement implicite, qu’il s’agit d’un ordre juste, ou au moins du meilleur possible actuellement, et certainement d’un ordre préférable aux bouleversements anarchistes et violents. Le propagandiste qui sape cette conviction prépare la voie du changement révolutionnaire...."( Émeutiers, 243).
Il est clair que les déclarations et les politiques de l'administration Obama appartiennent à la catégorie de la "décomposition." Ils font partie d'un processus de conditionnement progressif dont le but est d’altérer la foi des Américains dans leur gouvernement et de gagner les faveurs de l'étranger. En dépit d’exceptions et de contradictions occasionnelles, la clef qui permet de comprendre les intentions de la nouvelle administration doit être recherchée dans l'examen de "l'histoire d’évolution lente" qui prend en compte la propagation des vues négatives sur l'Amérique et son rôle dans le monde.
En rejetant le principe de l'exception américaine, l'administration Obama a opéré une coupure radicale avec le passé. Un mépris intégral pour les précédents historiques, la tradition, et la vérité des faits caractérisent les méthodes politiques radicales d'Obama. Le problème pratique, c’est que cette nouvelle politique rend le pays vulnérable au terrorisme intérieur et étranger, un danger qui demeure permanent et identique à lui-même. A partir des faits indiqués ci-dessus, on doit se demander si, pour des raisons qui sont les siennes, l'administration Obama a décidé de rendre les États-Unis vulnérables à une nouvelle surprise stratégique et à une défaite possible.
Le docteur Joël Fishman est membre du CAPE de Jérusalem.
9/9/2009
Diplomatie israélienne : la révolution tranquille d'Avigdor Liebermann
Un des immenses dommages causés à Israël par le "processus de paix" entamé à Oslo au début des années 1990 a été de mettre fin à la diplomatie traditionnelle, qui s'était construite dans les années 1950 et avait permis à l'Etat juif d'établir des relations avec de nombreux pays du monde, notamment en Afrique et en Amérique du Sud. Depuis le jour fatidique où Itshak Rabin a serré la main d'Arafat sur la pelouse de la Maison Blanche, la diplomatie israélienne est devenue synonyme de "processus de paix" et notre ministère des Affaires étrangères a tourné ses regards exclusivement vers les Etas-Unis, vers l'Europe et vers le monde arabe.
Or un changement de taille est en train de se produire dans ce domaine essentiel, sous la houlette du nouveau ministre, Avigdor Liebermann. Celui que les médias internationaux (et israéliens parfois) se sont empressés de qualifier "d'extrémiste" et que le président français – avec une outrecuidance rarement égaléee – a conseillé à Benjamin Nétanyahou de limoger, est en train d'accomplir, silencieusement et loin des feux médiatiques, une révolution tranquille dans la diplomatie israélienne.
La tournée actuelle de M. Liebermann en Afrique s'inscrit dans cette perspective ambitieuse, que le chef de la diplomatie israélienne a expliqué au journaliste Ariel Kahana (de Makor Rishon) après sa tournée en Amérique du Sud. Avigdor Liebermann a constaté sur place les effets désastreux de l'abandon par la diplomatie israélienne d'un continent entier. Le président brésilien, Luis Inacio Da Silva, s'est ainsi plaint devant M. Liebermann qu'Israël venait demander à son pays de le soutenir contre l'Iran, alors qu'aucun représentant officiel israélien ne s'est rendu au Brésil depuis... 23 ans !
La situation est similaire, voire plus grave en Afrique, continent qui était autrefois un centre privilégié d'activité diplomatique pour Israël (notamment dans le domaine de la coopération scientifique et de l'agriculture). Israël est aujourd'hui, remarque Liebermann, un des rares pays au monde qui n'a même pas le statut d'observateur auprès de l'Organisation des Etats africains. On se plaint souvent de l'activisme déployé par les ennemis d'Israël dans les pays d'Afrique et d'Amérique du Sud. Mais on évoque rarement l'abandon par la diplomatie israélienne de continents entiers, au nom d'une conception erronée des intérêts prioritaires de notre pays.
La tournée sud-américaine et africaine de M. Liebermann est sans doute le signe que la diplomatie israélienne a tourné le dos aux erreurs de la période d'Oslo, en retrouvant l'action traditionnelle qui fut celle des grands diplomates israéliens dans les années 1950 et 1960, loin de tout européanocentrisme ou américanocentrisme, pour renouer des relations d'amitié et de coopération avec de nombreux pays qui n'attendent souvent que cela. A l'heure où l'Europe sombre dans l'islamisation et dans la haine d'Israël et où l'Amérique d'Obama remet en cause l'amitié traditionnelle avec l'Etat juif, cette nouvelle politique diplomatique revêt une importance cruciale.
Pierre I.LURCAT
7/9/2009
Article paru dans l'Orient-Le-Jour
Baasses œuvres
C'est un épisode absolument inédit de la vieille rivalité syro-irakienne que l'on peut observer en ce moment. Attentat des plus meurtriers à Bagdad, accusations de sabotage lancées contre Damas, contre-accusations, rappels d'ambassadeurs, renforts policiers à la frontière et même recours aux enquêteurs de l'ONU, tout cela au lendemain même d'une visite à Damas du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki : cet inquiétant tableau n'est pas franchement inédit, c'est vrai. Ce qui est nouveau par contre, c'est qu'il ne s'agit plus cette fois de la guerre des deux Baas qui, depuis les années 1960, alimentait la sanglante chronique des rapports entre ces deux pays.
Car ce parti, théoriquement unioniste arabe et laïc, a connu de si profondes mutations - et cela dans ses deux branches rivales - que ses propres fondateurs ne le reconnaîtraient sans doute pas de nos jours. Laïc, le Baas irakien ne l'est plus trop ; comme on pouvait s'y attendre, ce parti n'est plus qu'une milice clandestine groupant les fidèles - sunnites - du dictateur déchu Saddam Hussein et engagée dans une lutte sans merci avec le gouvernement de Bagdad à dominante chiite.
Unioniste arabe, le Baas syrien ne l'est plus lui aussi, à supposer qu'il l'ait jamais réellement été, préoccupé surtout qu'il était en effet de réaliser son rêve libanais. Quant à la laïcité, si elle fait effectivement barrage au règne des majorités religieuses, elle n'exclut pas les petits accommodements et arrangements avec certains des éléments les plus remuants de l'activisme islamiste : étant bien clair que le produit d'une telle coopération, strictement conjoncturelle bien sûr, est strictement réservé à l'exportation.
Car si les accusations irakiennes contre Damas restent à prouver (les SR syriens parrainant une collaboration terroriste entre saddamistes et extrémistes sunnites proches d'el-Qaëda), l'affaire de Nahr el-Bared, dans le nord du Liban, reste à ce jour une des démonstrations les plus éloquentes de ces sulfureuses amitiés. Traqués, pourchassés un moment en Syrie puis récupérés avec, en prime, une peu crédible évasion de prison de leur chef Chaker Absi, les forcenés de Fateh el-Islam n'ont pas débarqué en effet de la planète Mars pour instaurer un prétendu émirat dans ce misérable camp de réfugiés proche de Tripoli, multiplier les attentats terroristes et livrer, plusieurs mois durant, un dur combat à l'armée régulière libanaise.
Reste à savoir quel effet aura le réquisitoire irakien sur les dernières ouvertures occidentales en direction de Damas. Que s'avèrent fondées les accusations de Bagdad, cela à l'heure où Washington a déjà retiré ses troupes des villes et agglomération irakiennes, en prélude à un départ total, et l'administration Obama ne pourra sans doute que freiner le processus. En attendant, remarquable de candeur (car elle paraît faire l'impasse sur la question terroriste) est la réaction du Quai d'Orsay : comme si l'attentat de Bagdad, dûment condamné pourtant par Paris, n'avait simplement pas eu lieu, Syriens et Irakiens sont seulement invités ainsi à reprendre, au plus vite, le cours normal de leurs relations.
C'est dire que la France de Nicolas Sarkozy, qui fut la toute première à engager le dialogue avec la Syrie, qui s'est réjouie de l'attitude de ce pays à l'égard du Liban, jugée plus conciliante et constructive, s'en tient jusqu'à nouvel ordre à cet idyllique rassurant diagnostic. Reste tout de même à demander au patient libanais ce qu'il en pense, lui. Car si la Syrie a bien accepté de délimiter la frontière, ces bonnes dispositions en sont demeurées là sur le terrain. Si pour la première fois elle a envoyé un ambassadeur à Beyrouth, ce n'est certes pas par la voie diplomatique, mais par la voix de ses alliés locaux qu'elle continue de dicter ses volontés. Le résultat le plus évident en est cette crise ministérielle qui s'éternise. Encore faut-il que l'on se décide à le constater.
Issa GORAIEB
3/9/2009
Article paru dans l'Orient-Le-Jour
Arabie malheureuse
Sur les troubles qui secouent depuis des années son pays, cheikh Abdel Majid Zandari a son point de vue. « Tout cela, a-t-il soutenu récemment devant un millier de ses pairs, procède d'un complot ourdi à l'étranger. Ces navires de guerre qui croisent au large de nos côtes, vous croyez que c'est pour permettre à leurs équipages de respirer la brise marine ou pour lutter contre la piraterie ? Nous assistons là à une immixtion flagrante dans les affaires de la région, surtout au Yémen. » Inutile de faire admettre au brave homme que les attentats, enlèvements d'étrangers, agitation tribale et appels à la sécession ne sont pas télécommandés à partir des unités de la United States 5th Fleet ; son opinion est faite et il la partage, aurait fait dire Henry Monnier à son inoubliable Joseph Prudhomme.
Plus sérieusement - l'affaire est bien trop grave pour faire l'objet de plaisanteries -, lentement mais sûrement el-Qaëda est en train de transformer l'Arabia Felix des Romains en une base arrière pour ses opérations en Arabie saoudite et dans l'ensemble de la péninsule. Comment oublier, à ce propos, que 96 des 240 détenus de Guantanamo en sont originaires et que, dès janvier dernier, au lendemain même de l'annonce de la fusion entre les deux branches du mouvement, le général David Petraeus exprimait la crainte de voir émerger « un nouvel Afghanistan, dans une zone devenue un refuge pour les jihadistes » ? Désormais, le régime doit se battre sur un triple front : une révolte au nord, une menace d'éclatement au sud et, ici et là, l'irruption de l'organisation créée par Oussama Ben Laden (un enfant du pays...) dans un conflit, latent depuis 1990, date de la fusion entre Aden et Sanaa.
En près de vingt ans, le pays n'a cessé de s'en aller, comme les écrevisses d'Apollinaire, « à reculons, à reculons ». Président du Nord-Yémen en 1978 puis de l'union qu'il dirige sans interruption jusqu'à aujourd'hui, Ali Abdallah Saleh commence par s'appuyer, pour gouverner, sur sa base tribale, puis sur l'armée, enfin sur un échafaudage complexe d'institutions à caractère vaguement social. Bien vite, sentant le vent tourner, il entreprend de tabler sur la carte islamiste, et les partisans de cette mouvance sont enrôlés dans la guérilla contre les Russes, en Afghanistan. Il n'est pas le seul dirigeant arabe à s'engager sur cette voie, sans voir que ces barbus risquent, un jour ou l'autre, de se retourner contre les régimes qui ont fait d'eux des guerriers d'Allah. Sentant venir le danger, le chef de l'État les incorpore à leur retour dans l'armée avant de les renvoyer au front, intérieur cette fois, contre les insurgés de Saada, conduits par les membres de la tribu des Houthis. Un accord conclu en 2007 sous l'égide du Qatar n'aura tenu que quelques mois avant que les affrontements ne reprennent, avec une violence accrue, s'étendant aux provinces voisines.
Dans le Sud, où la population est essentiellement de confession zeidite (43 pour cent, contre 53 pour cent de sunnites), le conflit revêt un double caractère sectaire et socio-économique. À Lahj, al-Dhalei, Hadramaout et Abyan, les manifestants ont d'abord réclamé « la fin de l'occupation nordiste » avant d'exiger de faire sécession. La liste des doléances est interminable : saisies de terres par de puissants apparatchikis, dans la foulée de la « défaite » lors de la guerre civile de 1994, exclusion des Sudistes des administrations officielles et des rangs de l'armée, meurtres politiques, détentions arbitraires, éclosions d'une multitude de camps et de points de contrôle, mais surtout appauvrissement constant d'une région ignorée dans la répartition des richesses provenant du pétrole, une manne pourtant extraite du Sud. En bref, une discrimination généralisée opérée, selon cheikh Tarek el-Fadli, jadis allié du pouvoir et devenu depuis l'un de ses plus irréductibles adversaires, par « les envahisseurs de la terre et de nos richesses ».
Il serait facile, un certain manichéisme aidant, de juger que le Nord est riche et le Sud pauvre. En réalité, estime une étude de Chatham House, l'inflation atteint le taux record de 27 pour cent, le chômage touche 40 pour cent de la main-d'œuvre, la malnutrition affecte 46 pour cent des enfants et l'on estime à 7 millions, sur une population d'environ 22 millions d'âmes, le nombre de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté ; quant à l'illettrisme, il se situerait entre 50 et 70 pour cent des habitants. Tous ces chiffres justifient le fait que le Yémen figure dans le peloton de tête des nations ayant raté leur décollage.
Le 25 avril dernier, Saleh lançait cet avertissement : « Si la menace contre l'unité venait à se concrétiser, à Dieu ne plaise, le pays ne serait pas divisé en deux mais en plusieurs parties. On se battrait maison à maison. Il nous faut retenir les leçons irakienne et somalienne. » Apparemment, nul encore ne semble avoir fait sien cet enseignement.
Christian Melville
26/08/2009
Article paru dans l'Orient-Le-Jour
Ministère d’usure
La conjoncture au lendemain de la victoire électorale du 14 Mars était-elle vraiment assez propice à un ministère Saad Hariri ? N'était-il pas plus indiqué, en attendant des jours plus sereins, de mettre en lice quelque vieux routier du Courant du futur, mieux prémuni contre les risques de démythification, de banalisation, qu'encourt fatalement tout symbole ?
Se poser la question n'est pas méconnaître, certes, les qualités et mérites du fils et successeur de l'ancien chef de gouvernement dont l'assassinat en 2005 suscita la révolution du Cèdre, par ailleurs chef du groupe le plus important de l'Assemblée. C'est seulement constater la perversité du piège à multiples niveaux dans lequel paraît s'être laissé enfermer l'intéressé en prenant pour argent comptant les mielleuses promesses de coopération dont l'avait gratifié, au moment de sa désignation, l'opposition soutenue par Damas.
Car il n'a jamais été question, en réalité, de faciliter la tâche à Saad Hariri, mais seulement de neutraliser, sous prétexte d'impératif de démocratie consensuelle, et à force d'exigences et de conditions rédhibitoires - de tiers d'obstruction en gendre de blocage -, le résultat des législatives de juin dernier. Hariri fils au Sérail ? À la bonne heure, mais un Hariri macérant dans son jus, s'échinant des semaines durant à former une équipe dont tout porte à croire qu'elle sera percluse de naissance ; un Hariri que l'on accuse de bouder quand il va retrouver pour quelques jours sa famille en Sardaigne ; un Hariri réduit, tout pilier du camp souverainiste qu'il soit, à s'en aller demander aide et conseil à ses alliés saoudiens ; un Hariri tenu enfin, de par sa charge officielle, de prendre le chemin de Damas sans attendre les résultats de l'enquête internationale sur les crimes commis contre le Liban.
Or s'il est vrai qu'un gouvernement Hariri ne saurait être que le fruit du rapprochement intervenu récemment entre l'Arabie saoudite et la Syrie, les enchères n'ont pas fini de monter entre ces deux gestionnaires de la crise libanaise. L'actuel regain de tension sectaire à Tripoli, lequel vient s'ajouter à la pression milicienne permanente qu'est l'arsenal du Hezbollah, en est un signe éloquent. Et la Syrie ne cesse de démontrer à quel point elle maîtrise l'art de reprendre d'une main ce qu'elle avait donné de l'autre. Oubliées, en effet, les bonnes dispositions quant à la délimitation de la frontière avec le Liban. Des relations diplomatiques avec le Liban ont été établies, c'est vrai, mais l'ambassadeur de Syrie joue les Arlésiennes, et c'est un Wi'am Wahhab qui se charge de claironner ses souhaits.
Sur un registre plus bizarre se situe cet éditorial de l'officieux al-Baas déniant à Saad Hariri, tout comme l'avait fait peu auparavant le général Michel Aoun, son titre de Premier ministre désigné, pour ne lui concéder que celui de député désigné, jusqu'à ce jour inconnu au bataillon. Résigné aurait encore mieux répondu sans doute aux vœux syriens. Al-Baas trouve moyen de s'en prendre par ailleurs à ceux, dont le patriarche maronite Nasrallah Sfeir, qui s'étonnent qu'une majorité ne soit pas admise à gouverner. Des proses comme celle-là, on est tout disposé à les avaler sans discussion, mais seulement le jour où les opposants syriens se verront prier de bien vouloir accepter un portefeuille ministériel.
Issa GORAIEB
11/08/2009
Des Français veulent comprendre Israël- L’objectif serait-il impossible ?
Pour un Israélien, la France est vue avec une certaine retenue. Le poids de l’histoire est lourd. Croisades, affaire Dreyfus, pétainisme, gaullisme, colonisation et décolonisation n’ont pas montré d’affinité particulière avec les Juifs. Mais la France est aussi terre d’asile, patrie des droits de l’homme, démocratie, fournisseur des avions de chasse « Mirage ».
Pour un Français, Israël est vu avec une certaine retenue. Le poids de l’histoire est lourd. Israël est la Terre Sainte, celle de Jésus et de Judas. Israël est le refuge nécessaire du peuple juif qui a tant souffert. D’ailleurs, la place des Juifs est plus en Israël qu’en France. Mais Israël est « fier et dominateur », il opprime le peuple palestinien, construit des murs et des barrages, envoie son aviation bombarder des civils innocents.
Ainsi l’Israélien et le Français partagent le même sentiment trouble, un de ceux qui animent les cabinets des psychanalystes : la fusion entre l’amour et le désamour. Ils s’admirent et se détestent.
Ces propos sont critiquables parce qu’ils sont généraux. Essayons de nous éloigner des généralités.
Quelques Français, catholiques pour la plupart, ont fait la démarche de vouloir sortir des clichés qui précèdent. Ils ont consacré dix jours pour comprendre Israël. Ce n’était pas un pèlerinage. Ce n’était pas non plus un voyage touristique proposé dans les catalogues. Les Israéliens se sentent mal compris, ils sont le plus souvent disposés à s’expliquer. Il fallait donc faciliter les rencontres. Ce fut possible !
L’Israélien imaginé est alors devenu le maire d’une petite ville, un militaire, un député, un journaliste, un universitaire, une infirmière, un homme de la rue. Le Français imaginé était un médecin, un marin, une journaliste, un juriste, un financier, un militaire
La rencontre de ces deux populations a été l’occasion de discussions franches et directes. Elle a été aussi l’occasion de fait apparaître quelques différences profondes contribuant à l’explication de cette incompréhension :
La superficie de la France est trente fois supérieure à celle d’Israël. La population est dix fois supérieure
La « Douce France » est connue pour son climat tempéré et ses terres fertiles. Israël est (était) l’addition de zones désertiques, marécageuses et caillouteuses.
La France n’exerce plus de contrôle à ses frontières, elles sont sures. Les frontières d’Israël sont contestées et menacées. Un siècle sépare le symbole obsolescent de la « Ligne bleue des Vosges » avec les sentiments ressentis sur le Golan ou à Sderot, aux abords de la bande de Gaza
La France est au centre de l’Union Européenne. Israël est au entre d’un monde hostile. « Les Juifs à la mer » criés à quelques kilomètres par des millions d’Arabes n’arrivent pas jusqu’à l’entendement du Parisien installé sur une terrasse de café du boulevard Saint Michel.
L’administration française est le résultat d’une évolution plusieurs fois centenaire. L’administration israélienne n’a que quelques décennies.
La société française, ouverte aux étrangers, est plus homogène que la société israélienne qui en peu de temps s’est constituée de populations de plus d’une centaine d’origines différentes.
Les bonnes manières françaises font référence, il faut en connaître les codes. L’Israélien sait être jovial et courtois, il est toujours direct.
La France s’inscrit dans l’histoire de l’Europe avec une place importante et glorieuse. Le peuple juif est un petit peuple marqué par la dispersion et les persécutions. Il revendique une histoire très ancienne, mais les traces ne se retrouvent que dans les livres et dans quelques ruines et musées
La France est marquée par la laïcité et la séparation de l’Etat et des cultes. Israël proclame sa spécificité juive.
La culture française est une suite cohérente d’auteurs, d’artistes, de scientifiques, la culture israélienne est l’addition de la culture juive millénaire et de la culture israélienne en formation. Si la liste des prix Nobel servait d’étalon de mesure, on constaterait que les Français ont obtenu 3 fois moins de prix que les Juifs
La France, vieille puissance militaire et diplomatique, se place en arbitre. Elle entend « jouer un rôle » dans le processus de paix dans la région. Israël entend faire face aux menaces existentielles, chaque famille tremble pour ses enfants dans l’armée.
Rapprocher les Français et les Israéliens, c’est d’abord pointer ce qui les sépare. C’est aussi pointer leurs valeurs communes : l’esprit démocratique, le respect de la personne, le goût du travail, le sens de la famille
Ces listes non exhaustives devraient précéder tout dialogue entre les deux peuples.
Les Français avertis qui ont fait le voyage ont tenté d’enlever leurs lunettes plusieurs fois déformantes pour entrevoir la réalité d’Israël. Ils doivent être remerciés pour leur effort. Le résultat est modeste, pire, il n’est pas acquis. Et les Israéliens quels efforts font-ils
Un désamour de 3000 ans ne peut pas être réglé en 10 jours. Et pourtant le mystérieux amour qui attire les deux peuples mérite la plus grande attention, il est si fragile. L’Union pour la Méditerranée serait-elle l’Hymen ?
Denis Aboab
10/08/2009
Paru dans le blog du Figaro de Yves Thréard
Les trois espoirs du Proche-Orient
Où va, que veut le premier ministre israélien ? La question se pose alors que le feu couve ces dernières heures au Proche-Orient.
Trois ans après l'offensive israélienne contre le Hezbollah au Liban, Benyamin Nétanyahou vient de mettre en garde Beyrouth contre une entrée du mouvement chiite dans un futur gouvernement. Ce qui constituerait, pour lui, comme pour ses prédécesseurs, une déclaration de guerre. Dans le même temps, Jérusalem redoute des tentatives d'attentats contre des Israéliens dans le monde. Le Hezbollah entendrait ainsi venger l'assassinat de l'un de ses chefs militaires en 2008, à Damas.
Sur le front palestinien, cette fois, six mois après l'attaque contre Gaza, le Hamas a renoué avec les tirs de roquettes. Tsahal a répliqué en bombardant les tunnels de contrebande reliant ce territoire à l'Égypte. Le retrait unilatéral de Gaza, engagé par Ariel Sharon en août 2005, fut une « grossière erreur », a confié hier Nétanyahou, il n'a apporté ni la paix ni la sécurité.
La région est sous tension et, moins que jamais, on ne perçoit de lueur d'espoir sur le terrain. Le Fatah, le parti du président palestinien Mahmoud Abbas, vient de rappeler qu'il ne renonçait pas à la « résistance ». Autrement dit à la lutte armée contre l'ennemi sioniste.
Benyamin Nétanyahou est arrivé au pouvoir en avril en réaffirmant la nécessité de conduire une politique d'une grande fermeté. Pas de concession sur Jérusalem-Est, pas de restitution du Golan à la Syrie. Pas d'État pour les Palestiniens, mais la vague promesse de favoriser le développement économique de ces derniers. Autant de positions qui lui garantissaient le soutien des partis d'extrême droite et religieux. Hier, son ultranationaliste ministre des Affaires étrangères a encore mis les points sur les « i » : « La politique israélienne doit être fondée sur une réalité, pas une illusion. » Il accepte des « arrangements sur la sécurité et l'économie » avec les Palestiniens, mais juge improbable tout accord de paix.
L'impasse semble donc totale. Sauf si l'on veut bien se raccrocher à trois fils.
D'abord, au caractère pragmatique de Nétanyahou. Sa capacité d'adaptation aux situations, en soufflant le chaud et le froid à la fois, en fait un gouvernant moins intransigeant qu'il n'y paraît.
Ensuite, à la volonté du président américain d'aboutir à une paix israélo-palestinienne. C'est l'une de ses priorités. Obama a déjà haussé le ton pour exiger le gel des colonisations juives en Cisjordanie. Lui reste à trouver les moyens de traduire ses incantations dans la dure réalité.
Enfin, à un changement en Iran, ennemi déterminé d'Israël et partenaire actif du Hezbollah et du Hamas. Mais nul n'est en mesure de le programmer.
Yves Thréard
08/08/2009
Paru dans L'Orient-le-Jour
(R)évolution
Que la grande fracture dont souffre le monde arabo-musulman comble d'aise Israël, cela va sans dire. Que le sourd conflit entre sunnites et chiites ne soit pas forcément pour déplaire aux États-Unis est déjà plus piquant : quel moyen plus efficace que l'épouvantail iranien, en effet, pour mieux tenir en laisse les émirs du pétrole ?
De là à s'extasier publiquement devant l'évolution que connaîtrait le Hezbollah, il y avait toutefois un grand pas. Celui qui vient de le franchir n'est autre que le conseiller du président des États-Unis pour la lutte anti-terroriste, John Brennan, qui, présentant la stratégie de l'administration Obama devant un grand centre d'études de Washington, s'est dit ravi de voir que de nombreux membres de ce parti - députés, ministres, avocats, médecins - s'écartent du recours à la violence et tentent de diriger le processus politique dans un sens légitime. Pour tant d'ardeur dans son exposé, ledit conseiller a aussitôt essuyé, il est vrai, une mise au point du département d'État, assurant que la politique US n'avait pas changé et qu'aucune distinction n'était de mise entre branche politique et branche armée d'une organisation jugée terroriste.
Il reste que ce même pas, c'est avec autant de candeur (pour ne pas dire de naïveté) que les Libanais l'avaient franchi comme un seul homme et à pieds joints, le jour où le Hezbollah décida de s'intégrer dans la vie politique libanaise. Car voilà qui laissait croire que ce parti, fût-il nominalement celui de Dieu le Père, avait décidé de se conduire comme n'importe quel autre parti, de se rallier des adhérents, de séduire des électeurs par le pouvoir des idées, et non plus désormais par la force des armes.
On ne tarda pas à déchanter. Puis se vérifièrent les pires craintes lorsque, en mai 2008, les armes de la Résistance, censées servir exclusivement à lutter contre l'ennemi israélien, à récupérer le territoire des ferme de Chebaa ou même - au diable l'avarice ! - à libérer Jérusalem et jusqu'à toute la Palestine, furent retournées contre les adversaires politiques libanais qui réclamaient l'inféodation de la milice à l'État.
C'est cette évolution-là, pour parler comme le distingué conseiller présidentiel US, que retiennent malheureusement, jusqu'à nouvel ordre, les Libanais. C'est elle encore qui ne cesse de peser sur le fonctionnement normal de la démocratie libanaise. Qui fausse totalement celle-ci. Qui fait de la violence le compagnon (invisible et pourtant bien présent) de l'argumentation politique, le support suprême de l'entreprise de domination. Qu'il y ait ou non aujourd'hui, parmi les cadres dirigeants du Hezbollah, de fort respectables avocats ou médecins, sincèrement désireux d'œuvrer dans la plus parfaite légitimité, y change-t-il vraiment quelque chose ? Les armes restent en effet, et la sanglante leçon n'a pas été perdue pour tout le monde...
La récente bombe Joumblatt en est une dramatique illustration : bombe à fragmentation, pourrait-on même dire, puisque le chef du Parti socialiste progressiste n'a cessé, depuis son coup de théâtre de dimanche dernier, d'expliciter avec plus ou moins de précision les raisons de son revirement. Celles-ci sont nombreuses et ont trait aux bouleversements géo-politiques comme au simple souci de survie politique. Mais peut-être la plus importante et déterminante, la plus glaçante aussi, est-elle le facteur peur. Non point, bien sûr - et il l'a amplement prouvé ces dernières années -, que Walid Joumblatt manque de courage et même de témérité, et qu'il tremble pour sa personne. Ce qu'il redoute le plus en réalité, c'est un retour de la violence, c'est un massacre de la communauté druze, c'est un déferlement démographique sur ses terres.
Tout cela se passe - ou menace de se passer - au Liban, pays de la coexistence. Cela se passe en plein XXIe siècle. Alors, l'évolution, on en reparlera...
Issa GORAIEB
ARABIE, ADAGES ET AUTRES APOPHTEGMES
La presse française, dans son ensemble, a accueilli avec bienveillance les critiques de certaines organisations censées défendre les droits humains contre la manière, parait-il scandaleuse, dont les Kurdes de Syrie, échoués illégalement sur une plage corse, ont été accueillis par les autorités.
Selon ces organisations, relayées puissamment par les médias, ces kurdes syriens, martyrisés dans leur pays, n'auraient pas dû être placés en centre de rétention pour voir examiner leur cas individuellement, mais bénéficier immédiatement du droit d'asile.
Le problème réside dans le fait qu'alors que je ne me considère pas comme particulièrement sous- informé, j'ignorais que la Syrie rudoyait ses sujets kurdes.
Nous avions tous appris, certes avec retard, que Saddam Hussein avait gazé ses propres kurdes irakiens ; mais je défie quiconque de me mettre sous le nez le moindre articulet d'une gazette hexagonale concernant les kurdes de MM.Assad père et fils.
Dès lors, l'alternative est peu reluisante pour la presse : soit, elle relaie sans le moindre recul les affirmations fantaisistes des organisations gauchistes habituelles, soit elle aura, pendant des lustres, couvert, avec la pudeur qu'on lui sait parfois, les crimes du régime syrien.
Sur le même sujet, mention toute particulière doit être accordée à la Ligue des Droits de l'Homme, qui n'a plus rien à voir, sauf le nom, avec la noble organisation jadis présidée par Daniel Meyer, et qui a été tout le week-end en pole position concernant les kurdes précités.
Voilà une association très engagée dans le boycott illégal des produits israéliens. La semaine dernière, une de ses militantes, Mme Sakina Khimoun, pour ne pas la nommer, comparaissait devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour discrimination à raison de l'appartenance à une nation. Condamnation a été requise par le Ministère Public.
Je vous fais grâce des cris d'orfraie poussés par l'extrême gauche et les islamistes qui hurlent leur indignation habituelle et leur détestation particulière pour votre serviteur, Avocats Sans Frontières, étant partie à la procédure.
Eh bien, vous ne le croirez pas, lecteurs de peu de foi, la Sainte Ligue ne milite pas en faveur d'un quelconque boycott des produits made in Syrie.
Dans le même ordre d'idées, le MRAP, qui soutient dame Khimoun, n'envisage de mettre à l'index les produits algériens. J'attire en conséquence l'attention du mouvement de Mouloud Aounit, dont on connaît l'équanimité, sur le dernier rapport de Human Rights Watch qui condamne « la poursuite des violations généralisées des droits humains en Algérie » dans ce rapport de 612 pages (20 janvier) l'organisation rappelle «l'échec continu à rendre compte des personnes victimes de disparitions forcées aux mains des agents de l'État pendant le conflit civil durant lequel 100 000 Algériens sont morts».
Plus généralement encore, ni le PCF, ni le NPA du gentil Besançenot, qui soutiennent le boycott d'Israël, ne militent en faveur de mesures identiques à l'égard du Soudan génocidaire ou de l'Arabie saoudite ou d'un autre État de notre malheureuse planète.
Mais cela, n'a rien à voir avec l'antisémitisme. Rien.
Excellent article (25 janvier) de l'envoyée spéciale du Monde au Chili, Mme Christine Legrand. Celle-ci cite le grand écrivain libéral péruvien Mario Vargas Llosa : «Ne pas être de gauche en Amérique latine oblige l'écrivain à se battre pour répondre aux calomnies qui le satanisent».
On croisera cette déclaration avec l'article de Caroline Monnot dans le même journal (17 janvier) : pour illustrer la véhémente radicalité de publications soutenant Marine Le Pen, la journaliste mentionne la reprise de citations du bloc-notes de mon ami Ivan Rioufol publié par Le Figaro…
Après cela, on doutera encore de la latinité française.
À la lecture de ce qui précède, on ne s'étonnera guère que je nourrisse le projet - déjà assez avancé - de créer un site dédié à un examen critique du verrouillage médiatique et de ses dérives.
Il me paraît que le présent blog dispose d'un vivier de collaborateurs motivés et compétents.
Écrire à la rédaction qui transmettra.
Gilles William Goldnadel
Il y a une petite quinzaine, la presse française annonçait sans même sourire que le Parlement Arabe (improbable assemblée désignée par la Ligue du même nom) avait voté une motion condamnant avec sévérité la votation helvétique sur les minarets.
Les distingués parlementaires entendaient stigmatiser l'atteinte portée, selon eux, à la liberté du culte islamique.
La semaine dernière, la Croix du mardi 5 janvier publiait un article indiquant que 70 % de la population mondiale était victime de discriminations religieuses.
Arrivent en tête : l'Arabie Saoudite, le Pakistan, l'Iran, l'Égypte, la Turquie et l'Indonésie.
Il y a quelques jours, six coptes égyptiens ont été assassinés dans l'indifférence générale.
Au même moment, le génocide des chrétiens du Sud Soudan reprenait sans bruit.
Pour tenter de combattre le verrouillage médiatique en la matière, je recommande l'ouvrage de Raphaël Delpart : «Les persécutions des chrétiens» chez Michel Lafon.
En Turquie, trois missionnaires protestants, un Allemand et deux turcs convertis ont été sauvagement massacrés : les tortionnaires bâillonnèrent leurs victimes, les poignardèrent, puis leur tranchèrent la gorge.
En Algérie, le culte chrétien a dû se faire particulièrement discret depuis que nos sept moines de Tibihérine ont été décapités et que l'évêque français d'Oran ait été exécuté la même année.
En Arabie Saoudite, on dénombre en tout et pour tout quatre prêtres sur la côte orientale et deux à Ryad. Ils sont soumis en permanence à la vindicte de la police religieuse dépendant des ecclésiastiques chargés de faire appliquer la loi : décapitations fréquentes pour les crimes les plus qualifiés dont l'apostasie (c'est-à-dire la conversion à une autre religion).
Les lieux de culte chrétien sont interdits.
Après recherches, je n'ai trouvé aucune motion d'aucun parlement arabe qui aurait eu l'idée de condamner ces manquements, sans doute, plus sérieux à la liberté religieuse qu'une interdiction d'ordre architectural.
Il est un principe central que l'on retrouve à la fois dans la Torah, les Évangiles, chez les philosophes agnostiques comme chez les Zoroastriens : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse.
J'indique, à toutes fins, à tous les parlementaires et intellectuels du monde arabe que cette maxime rabâchée existe également dans un hadith du Coran.
Il serait bon que de temps à autre ce soit la presse bien-pensante qui le rappelle au lieu d'un juif mécréant.
Gilles William Goldnadel
JCall ou la défaite de la pensée
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