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TRIBUNE LIBRE

13/5/2011

Faut-il bombarder Damas ?

Pierre Baylau

Le Point

Sur le papier, la situation en Syrie offre de troublantes similitudes avec celle qui prévaut en Libye. Un pouvoir autoritaire et familial en place depuis des décennies dirige le pays d'une main de fer, étouffe toute velléité de contestation, musèle la presse, embastille et torture à tour de bras les opposants. Les manifestants sont écrasés sous les chenilles des chars, dispersés à la mitrailleuse, abattus dans les encoignures de porte.

 

9/5/2011

<< Ah ! les cons » (sur un Munich palestinien) »

par Bernard-Henri Lévy

La Règle Du Jeu

Mais comment peut-on être aussi « con » ?

Et comment tant de commentateurs, comment telle éminence de telle commission parlementaire, tels ministres ou anciens ministres, comment le Parti socialiste, bref, comment tant d’esprits raisonnables peuvent-ils accueillir comme une bonne nouvelle, un bon signe, comme la réunion trop longtemps différée d’un peuple trop longtemps divisé, cette réconciliation Fatah/Hamas qui est, en réalité, une catastrophe ?

C’est une catastrophe pour Israël qui voit remise en selle une organisation dont le mode d’expression diplomatique privilégié consiste, depuis son putsch de 2007, à tirer des missiles sur les civils de Sderot et qui, il y a tout juste un mois, faisait tirer sur un bus scolaire à l’arme antichar Kornet.

28/02/2011

REFLEXIONS SUR LA QUESTION KHADAFI

par Gilles William Goldnadel

BLOG-NOTE DU 28/02/11




Je le dis d'emblée, ce concert international de diabolisation du libyen désormais mis au ban de la société humaine indispose particulièrement mes oreilles fatiguées. Comment entendre sans grimacer les bruyants cuivres onusiens qui ont 20 ans de retard sur une partition qui aurait du être jouée dans le tempo. Au lieu de cela, l'aréopage divin accueillit à la tête de l'encensée Commission des Droits de l'Homme, le représentant de Tripoli.

Ce même représentant, Ali Triki, qui avait impunément chanté les louanges d'Adolf Hitler sur les rives de l'Hudson.

Qui donc osa s'en plaindre, sinon quelques occidentalistes plus honnis que Kadhafi ?

Comment entendre sans grimacer les chœurs français entonner à l'unisson polyphonique et politique, la poitrine gonflée, des hymnes vengeurs, eux, qui jusqu'alors avaient traité le « bouillant colonel » avec une obséquiosité à peine ironique.

Depuis des années, à la télévision comme dans les journaux, j'ai tenté vainement d'interpeller les responsables nationaux pour leur demander s'il était digne d'un pays civilisé qui prétend vouloir défendre la sécurité de ses ressortissants et son honneur de continuer d'avoir des relations avec un régime qui protégeait un criminel. Mais qui se souciait, en dehors des familles victimes françaises de l'attentat contre l'avion d'UTA, de ce que le beau-frère du colonel, Ahmed Senoussi , fut condamné par contumace à la prison à vie par la justice française, tout en coulant des jours heureux dans son pays ? Certainement pas, Jacques Godfrain, envoyé spécial de Jacques Chirac à Tripoli pour commémorer l'anniversaire de la proclamation de la Jamarya et qui côtoyait ledit beau-frère dans la tribune présidentielle.

On voudra bien comparer cette démission de l'ensemble des prétendues élites françaises avec l'acharnement des Américains pour faire condamner l'auteur de l'attentat contre le Boeing de la PanAm qui s'écrasa sur Lockerbie, jusqu'à ce que le gouvernement écossais l'élargisse lors d'un méchant bargain qui ne fit sursauter personne.

Qu'on me cite également la moindre voix intellectuelle ou médiatique qui haussa le ton d'une octave, ou même poussa le moindre soupir, lorsque le gouvernement français décida de fermer son ciel aux avions de Ronald Reagan, envoyés pour châtier le tyran pour un attentat terroriste en Allemagne. Ce qui au demeurant fut suffisant pour le calmer incontinent.

Il faut dire que nos intellectuels si clairvoyants ont toujours su davantage se dresser sur leurs ergots de gallinacés indépendants à l'encontre de l'Amérique placide qu'envers la radicalité arabo-islamique.

Lorsque la Suisse, qui dans quelques jours gèlera les avoirs de la famille tripolitaine, s'excusa platement l'an dernier pour avoir cherché mauvaise querelle judiciaire à l'un des avortons du tyranneau, coupable d'un seul petit crime, qui s'en est ému dans les chancelleries, les salles de rédaction ou les salons parisiens ?

Car c'était encore comme cela, il n'y a pas 15 jours.

Tant que Kadhafi faisait assassiner des Français ou des Anglo-Saxons, prenaient en otage ou torturaient des infirmières bulgares, l'Occident coupable, forcément coupable, se taisait, le monde arabe complice se taisait, les Africains tétanisés se taisaient, et l'ONU, qui parle à présent de crimes contre l'humanité, automatiquement, le couvrait.

Il n'aurait vraiment pas du s'en prendre à des non occidentaux.

Entre la question Kadhafi et ma question blanche, il n'y a qu'un seul pas à accomplir : celui d'affronter la réalité : celle d'une idéologie sournoise et mortifère qui depuis quatre décennies fait le malheur des enfants du Couchant et des enfants d'Orient.

Lorsque la dépouille du vieux dictateur sera exhibée au bout d'une pique, puissent ceux qui n'ont rien dit depuis 40 ans se taire encore un peu.

 

27/02/2011

Les menaces contre le régime syrien

NouvelObs

Comme leurs amis syriens, ceux qui connaissent la Syrie pour y avoir vécu restent atterrés par les explications fournies par certains universitaires et hommes politiques français à la nouvelle démonstration de "l'exception syrienne". Selon eux, Tunisiens, Egyptiens et Libyens... avaient toutes les raisons du monde de se rebeller contre leurs dirigeants, autoritaires et corrompus. En revanche, en Syrie, la population ne bouge pas car, si des reproches peuvent être formulés à la gouvernance de Bachar Al Assad, les Syriens adhèrent à sa politique nationaliste de "résistance et obstruction" aux projets impérialistes.

Il est exact que les Syriens et leur président s'accordent sur ces thèmes. Mais ils sont loin d'y mettre le même contenu. La défense de la Syrie et l'unité de la nation arabe sont pour les premiers des objectifs. Ils ne sont chez Bachar Al Assad qu'une posture. Certains disent une imposture. Ce qui lui importe, en effet, avant la stabilité et le développement de son pays et à plus forte raison de la nation arabe, c'est son maintien au pouvoir et, en temps voulu, la transmission de sa fonction à son fils Hafez, lequel la léguera à son tour à son fils Bachar, et ainsi de suite... "La résistance et l'obstruction" ne sont que l'un des moyens de la perpétuation de son autorité.

Les Syriens ne sont pas dupes des discours de leur président. Ils constatent que "la résistance et l'obstruction" de Bachar Al Assad

ne le conduisent pas plus aujourd'hui que son père hier à s'exposer directement aux représailles de ses voisins israéliens. Depuis l'accord de désengagement sur le Golan de 1974 et la révolte de la société syrienne contre ses dirigeants, au début des années 1980, il est évident, pour qui veut bien regarder la réalité en face, que le premier danger pour le régime syrien ne provient plus de l'extérieur mais de l'intérieur. Il ne s'agit plus d'Israël, mais de la population syrienne.

Faut-il rappeler à ceux qui considèrent que Bachar Al Assad et sa population sont sur la même longueur d'onde parce qu'ils chantent la même chanson, que les Syriens n'ont pas de liberté de parole ? Faut-il leur rappeler que les Syriens qui veulent apporter leur contribution à la "résistance" en prenant une initiative quelconque sur le Golan, sont arrêtés, torturés et sévèrement condamnés par la justice militaire syrienne ? Faut-il leur rappeler qu'en dépit de ses menaces de réagir "en temps opportun et par les moyens appropriés" aux multiples provocations, agressions et attentats attribués aux Israéliens en Syrie, le "résistant" Bachar Al Assad a fait preuve, depuis son arrivée au pouvoir en juin 2000, d'une retenue qui frise à la paralysie et traduit l'impuissance ?

Il est exact aussi que, quand ils se tournent vers la plupart des autres pays arabes, les Syriens se félicitent d'avoir pour président et pour première dame le couple constitué par Bachar Al Assad et Asma Al Akhras. Ils sont jeunes et élégants. Ils passent pour modernes parce qu'ils ont fait des études supérieures, vécu à l'étranger, parlent des langues et utilisent Internet. Ils ne manquent ni d'habileté ni de séduction dans le maniement du discours. Il est exact encore que les Syriens sont heureux d'avoir vu leur pays échapper, au cours de la décennie écoulée, aux troubles de l'Irak et à l'instabilité du Liban. Mais ceux qui imaginent qu'entre le président et le peuple syrien tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes et que la population syrienne est majoritairement unie derrière son nouveau "chef pour l'éternité", prennent des vessies pour des lanternes. La longue série des mesures sécuritaires, sociales et économiques prises en Syrie au cours des dernières semaines, pour garantir et acheter le calme de la population, témoigne d'une défiance certaine.

Depuis l'arrivée de Bachar Al Assad au pouvoir, les conditions économiques et sociales se sont dégradées pour une majorité de Syriens. Certes, le train des réformes économiques a démarré. Mais la locomotive n'a entraîné derrière elle que le wagon de tête, réservé aux hommes d'affaires issus de la bourgeoisie traditionnelle, à la nouvelle bourgeoisie enrichie grâce au secteur public, aux officiers de l'armée et des services de sécurité, et à ceux qui, de tous bords, ont accepté de se mettre à la remorque de la famille présidentielle pour le meilleur et pour le pire. Quant aux autres wagons, ceux des travailleurs, paysans, artisans, petits commerçants, métiers indépendants et fonctionnaires, voire entrepreneurs attachés à leur indépendance et au respect d'une certaine éthique dans les affaires, ils sont restés en gare. Bénéfique pour quelques uns, l'ouverture économique s'est traduite pour la majorité par un chômage accru, une paupérisation généralisée, des déplacements de population, le développement de la criminalité, un désir d'émigration croissant.

Depuis l'arrivée de Bachar Al Assad au pouvoir, la corruption, qui pèse en premier lieu sur la masse de la population, soumise aux extorsions quotidiennes des fonctionnaires et des policiers, a cru de façon exponentielle. Ce qui était un travers de l'administration civile et militaire et du monde des affaires sous Hafez Al Assad est devenu, sous son héritier, un véritable système. Sa structure pyramidale interdit qu'il soit porté remède à ce phénomène sans s'attaquer aux membres de la famille présidentielle qui en sont les organisateurs et les premiers bénéficiaires.

Depuis l'arrivée de Bachar Al Assad au pouvoir, la vie politique n'a connu aucune des ouvertures que la disparition de son père avait fait espérer. Les attentes placées dans le nouveau président n'ont pas tardé à être déçues. Les mains tendues dans sa direction, pour proposer leur concours à la mise en chantier de réformes politiques, économiques et sociales progressives, ont toutes été ignorées. Le "Printemps de Damas" a été interrompu avant d'avoir porté ses fruits. Les "Comités de Relance de la Société Civile" ont été dissous. Les forums de débat citoyen ouvert à la fin de l'an 2000 ont été fermés. Des députés, universitaires, journalistes, syndicalistes, médecins, avocats et hommes d'affaires à l'origine de ces initiatives ont été emprisonnés. Lancée en octobre 2005, une " Déclaration de Damas pour le Changement Démocratique en Syrie" a connu un sort identique.

Depuis l'arrivée de Bachar Al Assad au pouvoir, les Droits de l'Homme n'ont connu en Syrie qu'une amélioration de façade. Moins sauvage que du temps de son père, la torture y reste une pratique ordinaire et les cas de décès en détention ne sont pas rares. Les militants démocrates, les seuls dont les Etats occidentaux se préoccupent, sont traités avec une certaine retenue. Mais les "islamistes" , jihadistes ou salafistes, tous assimilés à des terroristes, subissent aujourd'hui, dans l'indifférence générale de ces mêmes Etats, les traitements inhumains et dégradants qui étaient jadis l'apanage des Frères Musulmans. Les Kurdes, surtout lorsqu'ils sont convaincus de sympathie avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) d'Abdallah Ocalan, sont victimes des mêmes agissements. Les uns et les autres continuent d'être arrêtés hors de tout cadre juridique, par des services de renseignements qui estiment n'avoir besoin de l'ordre de personne pour intervenir. Au lieu de restreindre ces comportements, Bachar Al Assad les a encouragés en promulguant, le 30 septembre 2008, un décret législatif qui assure l'immunité devant la justice à un nombre accru d'agents de ces mêmes services, qui auraient, sous la torture, provoqué la mort de leurs victimes.

Depuis l'arrivée de Bachar Al Assad au pouvoir, les humiliations imposées à la population par le régime baathiste n'ont pas diminué. Pour le jeune chef de l'Etat, comme pour son père, les Syriens ne sont pas des citoyens mais de simples sujets. Ils ne sont pas invités à donner leur avis sur les évolutions décidées en haut lieu, mais à les mettre en œuvre sans les commenter. Ils sont soumis à l'aval des antennes locales des services de sécurité pour mille et un détails sans importance de leur vie quotidienne. Ils ne sont pas considérés assez mûrs pour avoir accès à l'ensemble des médias en provenance de l'étranger. Leurs communications téléphoniques continuent d'être surveillées. Eternels mineurs, ils ne sont pas autorisés à utiliser Internet à leur convenance. Des centaines de sites sont prohibés en Syrie. La dernière humiliation en date remonte à moins d'un mois. Répondant, le 31 janvier, aux questions du "Wall Street Journal ", Bachar Al Assad a affirmé qu'il voulait réformer, mais que "sa population n'était pas mûre pour la démocratie " ! Ce mépris a fait bondir de nombreux Syriens qui se sont demandés comment un jeune homme imposé à la tête de l'Etat au terme d'une procédure sans aucun rapport avec la démocratie pouvait se permettre de porter un tel jugement. La démocratie existait en Syrie bien avant que Bachar ait été conçu. Si elle avait été mise à mal, la responsabilité première en incombait à la confiscation du pouvoir par le Parti Baath, à la direction duquel lui-même avait été propulsé d'un seul coup, en juin 2000, sans jamais avoir été baathiste et sans jamais avoir assumé la moindre responsabilité au sein de ce parti.

Pour ceux qui préfèrent voir dans le régime de Bachar Al Assad un régime laïc, protecteur des minorités confessionnelles et allié de l'occident dans la lutte contre le " terrorisme islamique", quelques rappels s'imposent :

== Le régime syrien n'est laïc que pour autant que la laïcité sert ses intérêts ==. Lorsque ceux-ci lui dictent de pactiser avec des "islamistes", pour contrecarrer les projets des Américains dans la région, entretenir l'instabilité au Liban ou démontrer à l'Occident que la Syrie est, elle aussi, la cible du terrorisme, il n'hésite jamais à le faire. Quitte à se retourner ensuite contre ses alliés de circonstance, condamnant à de lourdes peines les jeunes Syriens engagés pour aller se battre en Irak, ou livrant aux services de renseignements occidentaux les jeunes islamistes recrutés chez eux et formés en Syrie pour se battre contre les envahisseurs américains.

== Comme "la résistance et l'obstruction", la laïcité est pour le régime syrien un moyen et non un objectif ou une finalité ==. C'est un argument de vente utilisé par Bachar Al Assad pour tenter de se faire coopter par les Etats occidentaux, qui, faute de démocratie, seraient prêts à se satisfaire de ce succédané. Ce commerce ne supportant pas de concurrence, Bachar Al Assad a toujours refusé d'autoriser la création d'organisations de la société civile affichant pour ambition, elles aussi, de "défendre et promouvoir la laïcité en Syrie" .

== Bachar Al Assad souligne volontiers auprès de ses visiteurs la situation privilégiée dont jouissent en Syrie les chrétiens et les autres minorités confessionnelles ==. Lui seul garantirait la coexistence pacifique et le dialogue entre les sunnites, majoritaires dans son pays, et les autres religions. Mais ni les chrétiens, ni les druzes, ni les ismaéliens ne se font d'illusion. Réduits à la portion congrue dans la répartition des postes de décision à la tête du régime, très largement monopolisés par des sunnites ayant fait allégeance, pour le "pouvoir apparent", et par des alaouites appartenant au clan présidentiel, pour le "pouvoir réel ", ils savent depuis longtemps que ce n'est pas pour les protéger, mais pour se protéger, que Bachar Al Assad s'efforce de les regrouper autour de lui.l

Pourquoi, dans ces conditions, les Syriens n'ont-ils pas (encore) bougé ?

== D'abord parce qu'ils ont peur==. Comment pourraient-ils oublier la barbarie manifestée de sang froid par le régime lors de la répression du soulèvement du début des années 1980 ? Ses victimes se comptent par dizaines de milliers, auxquels s'ajoutent quelque 17 000 à 18 000 hommes et jeunes gens, enlevés chez eux par les moukhabarat, dont les familles demeurent jusqu'à aujourd'hui sans nouvelle. Depuis ces événements, des centaines de milliers de Syriens réfugiés à l'étranger n'ont pas été autorisés à rentrer dans leur pays, et les appels à une réconciliation nationale se sont heurtés à un silence aussi absolu que méprisant du régime de Hafez, puis de Bachar Al Assad. Plus près de nous, comment les Syriens ne seraient-ils pas inquiets quand, deux ans et demi après la mutinerie de la prison militaire de Sadnaya, réprimée dans le sang au milieu du mois de juillet 2008 alors que Bachar Al Assad était reçu à Paris, aucun bilan de la reprise en main n'a encore été donné et que des centaines de familles continuent d'ignorer tout de ceux dont elles attendent des nouvelles ou la remise en liberté ?

== Il n'existe pas en Syrie de force politique ou syndicale susceptible de lancer et encadrer un mouvement de revendication ==. Les quelques partis politiques nationalistes de gauche tolérés se sont discrédités en acceptant de se placer sous la coupe du Parti Baath, au sein d'un Front National Progressiste sensé démontrer que le système était pluraliste, à défaut d'être démocratique. Depuis 1980, les syndicats et unions professionnelles ont été satellisés par le Parti Baath. Ils ne disposent d'aucune marge d'autonomie. Personne ne compte sur eux pour organiser une protestation contre la politique du régime, dont ils sont eux-mêmes en partie victimes. La situation des partis d'opposition est plus déplorable encore. Leurs membres ont été pourchassés, emprisonnés, torturés, souvent liquidés en prison. Tout est fait par le régime pour empêcher ces partis de renaître de leurs cendres et, surtout, de recruter dans la jeune génération. Dernière initiative en date, la "Déclaration de Damas", une plate-forme destinée à rassembler les partisans d'une "réforme progressive pacifique" au-delà des courants idéologiques, a à son tour été décimée par l'arrestation d'une douzaine de ses responsables. Menacés, parfois physiquement, les autres sont rentrés dans l'ombre ou ont renoncé à tout engagement politique.

== L'immobilisme de la Syrie s'explique aussi par la division de sa population en une multitude de communautés ethniques et confessionnelles ==. Leur entente et leur compréhension mutuelle ne sont que de façade. En réalité, les chrétiens ont peur des sunnites. Les sunnites détestent les alaouites. Les alaouites se méfient des sunnites et méprisent les druzes et les ismaéliens... Au niveau ethnique, la situation est identique. Les arabes suspectent tous les kurdes d'être animés d'intentions séparatistes. Les kurdes considèrent que les arabes, par sentiment nationaliste, ne se rangeront jamais à leur côté. Tout le monde s'observe donc, et personne n'est disposé à s'exposer le premier en se portant en tête d'un mouvement quelconque qui permettrait aux autres de tirer les marrons du feu.

== Réservant les visas aux journalistes « amis », la Syrie reste un trou noir de notre information ==. Le pouvoir syrien, qui n'aime rien tant que la pénombre propice aux manœuvres, s'en porte fort bien. Mais les Syriens, qui ne comptent que sur eux-mêmes pour faire bouger les choses, craignent dans ces conditions d'être victimes, comme en Libye, d'une répression "à guichets fermés ». Ils se souviennent que les occidentaux s'étaient faits étonnement discrets, en 1982, lorsqu'ils avaient été convaincus par Hafez Al Assad que toutes les victimes de la répression de Hama, même les enfants en couche, étaient "des Frères Musulmans ". Ils redoutent que, se laissant une nouvelle fois abuser par Bachar Al Assad, pour qui tout contestataire est un ennemi et tout ennemi un Frère Musulman, les occidentaux fassent preuve de la même connivence avec un régime qu'ils s'accordent à considérer à la fois dangereux... et utile, puisque, comme le reconnaissent les Israéliens, il garantit à l'Etat hébreu, depuis plus de 35 ans, sa frontière arabe la plus sûre.

Les Syriens n'étant pas en mesure de se mobiliser, et le président Bachar Al Assad n'ayant pas l'intention de mettre en œuvre des réformes politiques que son entourage et les profiteurs du statu quo se refusent eux aussi à envisager, comment la situation pourrait-elle évoluer ?

Un fait divers à Damas, le 17 février, pourrait le préfigurer. Suite au passage à tabac, par des agents de la circulation, d'un jeune homme tenant boutique dans la vieille ville, plusieurs centaines de commerçants sont intervenus pour prendre à partie les policiers qu'ils ont mis en fuite. Ils ont alors occupé l'ensemble du quartier, réclamant que les policiers soient traduits en justice et exigeant, au cri de " le peuple syrien ne se laissera pas humilier", la présence du ministre de l'Intérieur.

C'est un événement de ce type, une explosion de colère spontanée provoquée par "l'humiliation de trop", qui pourrait, comme en Tunisie, mettre le feu aux poudres. Compte-tenu de l'ampleur des mécontentements et des désirs de vengeance de la population, et de la terreur de la tête du régime de perdre la vie avec le contrôle de la situation, une explosion sociale a toutes les chances de prendre, en Syrie, une tournure aussi dramatique qu'en Libye.

On aimerait donc pouvoir espérer qu'un échec de la tentative de reprise en main sanglante actuellement menée à Tripoli et Bengazi ouvrira enfin les yeux de Bachar Al Assad et de ses proches, et qu'ils en viendront à considérer que, tout compte fait, mieux vaut amorcer sans tarder une véritable ouverture politique. A terme, elle restreindra leur pouvoir et limitera leur main mise sur les ressources du pays, mais elle préservera au moins partiellement leurs intérêts économiques et elle leur épargnera la honte de la fuite, un passage en jugement et peut-être la vie.



par Ignace Leverrier, ancien diplomate, chercheur arabisant - Nouvelobs.com  

 

17/02/2011

Soudain, Facebook

par Christian Merville

L'Orient-Le Jour

Bahreïn, le Yémen, l'Iran et maintenant la Libye, après la Tunisie et l'Égypte... Entre ces pays, il est aisé de trouver le commun dénominateur à l'origine de la tempête qui souffle depuis bientôt deux mois. C'est l'âge du capitaine, et aussi ce besoin d'oxygène que ressent tout être ayant passé en apnée un temps trop long. Les régimes en place ont vu naître deux générations d'hommes ; ils n'ont pas voulu voir la plus formidable révolution technologique de l'histoire depuis l'invention de la roue, ne donnant à aucun moment l'impression d'en comprendre l'immense portée, séparés qu'ils étaient du peuple par un mur qui les tenait prisonniers, érigé par un entourage soucieux de préserver, avec le fauteuil du pouvoir, les milliards d'un affairisme effréné, qui avait fini par ne plus craindre de s'afficher.
Pour la première fois dans la vie contemporaine de cette partie du monde, le peuple descendait dans la rue non pas pour hurler à pleins poumons sa fidélité au chef, non pas pour vouer aux gémonies le Grand Satan, mais pour prendre en main ses destinées et s'enivrer sur la place publique du doux parfum de la liberté. N'en déplaise aux néocons encore présents à Washington, ce n'est pas l'Irak qui a servi de modèle aux révoltés du Midane el-Tahrir, avec son trop long cortège de mensonges sur les armes de destruction massive, d'abus et de morts. Non, le mouvement cette fois est venu de l'intérieur ; il a été spontané, violent et par là même irrésistible. C'est pourquoi il a pris de court la grande Amérique, dont la diplomatie a commencé par bafouiller des jours durant avant de céder aux injonctions du président.
C'est vrai pour l'Égypte, ça l'est moins pour les autres foyers d'incendie qui sont en train de s'allumer et qui revêtent une forme différente dans chacun des pays concernés. Sur la place de la Perle, à Manama, la royauté ne semble pas menacée - à tout le moins pas encore -, malgré la Journée de la rage décrétée sur l'Internet par des milliers de manifestants. Mais les concessions, plutôt timides, approuvées par cheikh Hamad ben Issa al-Khalifa ne sauraient calmer la colère populaire, attisée par une opposition chiite qui se défend par ailleurs d'ambitionner l'instauration d'une wilayet el-faqih à l'iranienne. C'est tout juste si cheikh Ali Salmane réclame « une véritable monarchie constitutionnelle » ainsi que l'élection par le peuple du chef du gouvernement. Il y a là de quoi faire passer quelques nuits blanches à une Amérique dont la Ve Flotte - chargée de contrôler le trafic maritime dans le golfe Persique, la mer Rouge et la côte est-africaine jusqu'au Kenya - mouille dans les eaux bahreïnies. Autre détail qui n'en revêt pas moins, lui aussi, une relative importance : la capitale est la destination de nombreux Saoudiens désireux de jouir des attraits qu'elle offre.
À l'autre bout de la carte régionale, la Libye émerge enfin d'un sommeil que l'on avait fini par croire sans fin. Quarante-deux ans après la chute de la maison des Senoussi grâce à un coup d'État conduit par un jeune colonel nommé Mouammar Kadhafi, les choses commencent à bouger. À Benghazi, des manifestants ont envahi il y a quarante-huit heures la place publique en scandant des slogans hostiles au régime. Des contre-manifestants ont riposté, aux cris de « À bas al-Jazira », ce qui en dit long sure l'impact de la chaîne. Auparavant, des groupes d'hommes avaient occupé des maisons en construction, saccageant les bureaux de promoteurs immobiliers et réclamant des changements radicaux. Le « grand leader », dit-on, serait disposé à passer la main... à l'un de ses trois fils si seulement ils pouvaient se mettre d'accord. Las ! Seif el-Islam le réformiste s'entend très mal avec Mo'tassem et encore moins avec Khamis, deux « durs », le premier autoproclamé conseiller pour la Sécurité nationale, le second commandant d'une 32e Brigade parfaitement équipée et entraînée, tous deux imperméables à une modification du statu quo actuel. Le quatrième fils, Hannibal, s'est lui-même placé sur la touche en raison d'une fâcheuse tendance à abuser de l'alcool, des rencontres de passage et de la violence conjugale. Signe précurseur de ce qui attend peut-être le pays : le « akh » (frère) Mouammar a vu d'un très mauvais œil la chute de son voisin égyptien, déplorant la hâte mise par le peuple à s'en débarrasser quand six mois à peine le séparaient de la retraite.
L'antique Arabia Felix, de par sa texture tribale, sa situation géographique, ses problèmes, représente un cas très peu comparable à celui de ses lointains voisins. Le chômage y est présent, oui, et aussi un compréhensible besoin d'accès au XXIe siècle, après deux millénaires de réclusion. En outre, cette république, il ne faut pas l'oublier, est née de la fusion de l'ancien territoire de Aden avec le Yémen et Ali Abdallah Saleh pourrait jouer longtemps encore sur les conflits entre les deux ex-entités.
La vérité est que, depuis le 14 janvier, date de la fuite de Ben Ali, le monde arabe vit sur un volcan qui gronde au rythme des messages sur les téléphones portables et les écrans des ordinateurs. Et il est clair que nul encore n'a trouvé de parade à ces armes de révolution massive.

8/11/2010

À l’épreuve du miroir

par Nagib Aoun

L'Orient-Le Jour

Tel père, tel fils, telle génération, telle succession, telle médiatisation, telle désinformation. Un cercle vicieux qui dure depuis des décennies, un pays figé, bloqué dans ses certitudes, dans ses négations. La conséquence en est naturellement désastreuse : l'identité n'est plus porteuse d'unité, elle devient source de division, d'antagonisme.
L'identification se fait alors en fonction de l'appartenance partisane ou communautaire, elle se détermine au gré d'intérêts égoïstes qui transcendent l'intérêt national, qui dynamitent les causes pour lesquelles on prétend combattre.
Et c'est ainsi que l'on voit les jeunes reproduire, adopter aveuglément les schémas, les slogans qui ont empoisonné la vie de leurs parents, s'étriper sur les campus universitaires devenus lieux de règlements de comptes, vecteurs d'intoxication cérébrale.
Et c'est ainsi que l'on continue de voir les mêmes chefs politiques ou leurs héritiers, légitimes ou spirituels, tenir les mêmes discours, lancer les mêmes anathèmes, enfoncer les mêmes clous dans les mêmes espaces vides.
Une dérive exploitée à fond par certains médias qui ne carburent qu'à la provocation, qu'à l'incitation aux discordes confessionnelles, qui n'ont de raison d'être que dans la fabrication des nouvelles les plus ahurissantes.
On les avait déjà vus à l'œuvre à la veille de la guerre de 1975, on les avait vus attiser les conflits durant les longues années de folie meurtrière, et les voilà aujourd'hui qui reviennent au galop, jetant de l'huile sur le feu, utilisant les mêmes méthodes abjectes, usant du même fiel, du même poison pour accréditer les scénarios les plus terrifiants, pour légitimer les crimes à venir, pour pérenniser l'impunité.
« Le Liban est en danger et ce danger guette tous les citoyens, qu'ils soient chrétiens ou musulmans » : le cri d'alarme lancé depuis Bkerké, le week-end écoulé, reflète une réalité qu'il n'est plus possible d'occulter. C'est la raison pour laquelle les assises chrétiennes, convoquées en toute urgence, ont précisé qu'« il n'existe pas de solution pour une seule communauté sans les autres ni pour une communauté aux dépens des autres ».
Nulle incitation aux dissensions, nulle campagne pernicieuse, d'ordre confessionnel ou communautaire, ne devraient être tolérées, nul propos humiliant ou provocateur ne devrait être tenu dans le climat tendu actuel.
Comment comprendre alors la dernière sortie de Michel Aoun, au collège des Apôtres à Jounieh, quasiment offensante à l'égard d'une communauté ? « Le chiite, a-t-il dit, est le seul avec qui nous n'avons pas de problème ; en 1943, 1957, 1958, 1975, le problème était avec le sunnite. Le sunnite, qui m'a insulté pour mon soutien à la Résistance, a renié son patrimoine, sa culture et son histoire... il n'a pas une cause comme nous et les chiites. »
Hallucinant ! Une telle personnalisation du contentieux relève carrément du règlement de comptes dans le prolongement des attaques contre le sunnisme politique cloué au pilori pour son passé « arabiste » alors qu'il se retrouve aujourd'hui à l'avant-garde de la lutte pour un Liban souverain, libre, indépendant.
Triste, bien triste de n'envisager l'avenir, de ne le construire qu'en farfouillant dans les poubelles de l'histoire, d'un passé honteux fait d'un communautarisme haineux, un passé qui ne peut être qu'au passif de tous les protagonistes du drame libanais.
Mais les fonds de commerce les plus lucratifs prolifèrent forcément dans les arsenaux confessionnels : les longues années de guerre en ont donné la preuve la plus cinglante, en ont constitué le plus actif des ferments.
Désinformation, incitation à la discorde confessionnelle, propos diffamatoires : le Liban des 18 communautés, le Liban-message glorifié par Jean-Paul II, n'a nul intérêt, aujourd'hui, à se regarder dans le miroir...


21/10/2010

Le veto du Hamas

par Mkhaimar Abusada

L'Orient-Le Jour

La reprise des discussions directes de paix entre les Palestiniens et les Israéliens a mis fin à vingt mois d'impasse et a marqué l'entrée du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans la danse diplomatique. Mais des défis majeurs à l'extérieur de la salle des négociations entravent ces pourparlers difficiles, particulièrement de la part du Hamas, qui veut être sûr que rien ne se passe sans son aval.

Le Hamas refuse toute négociation directe avec Israël et a l'intention de faire échouer ces pourparlers par la violence. Il a frappé une première fois la veille des pourparlers par une embuscade menée par les brigades al-Qassam, l'aile militaire du Hamas, contre des colons israéliens à Hébron, faisant quatre morts. Le Hamas a déclaré qu'il continuerait à mener ses attaques depuis la Cisjordanie, mais pas depuis Gaza. Ceci suite aux fréquentes déclarations des dirigeants du Hamas depuis la guerre de Gaza de 2008 de ne plus vouloir provoquer une autre attaque israélienne qui pourrait leur coûter leurs postes au gouvernement. Israël ne reconnaît pas la distinction entre les attaques du Hamas planifiées depuis la Cisjordanie et celles planifiées depuis Gaza. Cependant, un assaut israélien de grande ampleur sur le Gaza du Hamas, redouté en réponse aux assassinats de Cisjordanie, pourrait interrompre les négociations.

La stratégie du Hamas est de pointer du doigt la faiblesse de l'Autorité palestinienne en démontrant qu'elle ne peut contrôler la Cisjordanie, ainsi qu'elle s'y est engagée dans les négociations. De plus, le Hamas est tout à fait conscient que ses attaques ont poussé Israël à insister plus encore pour faire de la question de la sécurité un élément-clé de tout accord. Ceci, en retour, met en lumière la coopération sur la sécurité en cours entre Israël, l'Autorité palestinienne et les États-Unis, sapant encore une fois les prétentions de l'Autorité palestinienne comme représentant de l'ensemble du peuple palestinien.

Toute rhétorique mise à part, l'opposition du Hamas aux pourparlers directs avec Israël est une manière de démontrer aux États-Unis que le Hamas est un élément central de la réalité politique de la région et ne peut donc être ignoré. Si le Hamas ne fait pas partie du processus, il n'y aura pas de processus.

Le Hamas insiste sur le fait que le président palestinien Mahmoud Abbas n'a pas de légitimité pour négocier au nom des Palestiniens et que tout accord qu'il signerait avec Israël ne constituerait pas un engagement. Le Hamas prétend être le vrai représentant des Palestiniens, ayant gagné la majorité des sièges au Conseil législatif palestinien (CLP) en janvier 2006 (le mandat du CLP a expiré en janvier 2010, mais de nouvelles élections doivent être organisées.)

Le Hamas n'ignore pas que la clé pour sortir de son isolation politique, imposée après sa victoire de 2006, est entre les mains des États-Unis. Les responsables du Hamas ont d'ailleurs récemment reconnu avoir envoyé des messages à l'administration Obama pour relancer le dialogue.

Le message le plus récent, envoyé par le biais d'un groupe d'universitaires américains en visite dans la région, demandait au gouvernement américain d'adopter une position plus équilibrée dans le conflit israélo-palestinien. Le Hamas, pour sa part, accepte l'idée d'un État palestinien en Cisjordanie et à Gaza, sous réserve d'un retour de tous les réfugiés et de la libération par Israël de tous les prisonniers palestiniens. Mais le Hamas n'a toujours pas fait le pas, critique aux yeux des Américains, consistant à reconnaître Israël - et donc à accepter une solution de deux États.

Pour l'instant, le Hamas et les Palestiniens de Gaza sont exclus des pourparlers de paix, ce qui signifie que les négociations ne permettront probablement pas de mettre fin au conflit israélo-palestinien. Mais plus les habitants de Gaza seront laissés dans ce mélange malsain d'état de siège, de pauvreté et de chômage, plus cela renforcera les partisans de la ligne dure du Hamas.

Les États-Unis se sont beaucoup investis dans les démarches diplomatiques pour amener Netanyahu et Abbas à la table des négociations, et ils ne sont pas prêts à accepter un échec de ces pourparlers. Pour autant, le maintien du boycott du Hamas par les Américains renforce la logique de ceux qui tentent de saboter les négociations. Qu'ont-ils à perdre ?

L'avenir de ces pourparlers directs dépend donc non seulement de Netanyahu et de Abbas, mais aussi de la manière avec laquelle ils vont gérer les extrémistes dans leurs propres camps. Netanyahu va-t-il abandonner son discours idéologique, négocier sérieusement avec les Palestiniens et faire les concessions nécessaires ? Les Palestiniens accepteront-ils de faire le pas décisif et prendront-ils avantage des pressions du président américain Barack Obama ?

Les enjeux sont importants, et un échec serait coûteux tant pour les Américains que pour les Palestiniens et les Israéliens. Si les pourparlers échouent, la politique étrangère américaine au Moyen-Orient n'en sera que plus discréditée et rien ne permettrait alors d'éviter une reprise du conflit.

Pour les Palestiniens, il est probable que ce soit la dernière chance de Abbas. Il mesure le peu d'autorité qui lui reste à l'aune du succès des pourparlers et, en cas d'échec, les Palestiniens ne manqueront pas de décompter les jours avant qu'il ne soit obligé de céder son poste. Pour Netanyahu, peut-être que le fait de maintenir un statu quo sera considéré comme une victoire, du moins à court terme. Mais la marge d'erreur stratégique d'Israël n'en sera que diminuée.

Pendant ce temps, le Hamas attend son heure. Un échec des discussions israélo-palestiniennes ne ferait que confirmer le principal argument du Hamas : rien ne peut se faire sans nous.

17/10/2010

Puissance variable...

par Michel Hajji Georgiou

L'Orient-Le Jour

À l'évidence, il y a beaucoup à dire sur la visite de Mahmoud Ahmadinejad : du message eschatologique apocalyptique travesti sous un pseudo-dialogue des civilisations et des religions, aux bravades antisraéliennes et antioccidentales, qui font parfaitement bien l'affaire de ses alliés objectifs va-t-en-guerre de l'État hébreu dans un camouflet commun aux efforts de paix régionale, en passant pas les leçons de démocratie et de justice assénées au monde arabe et à l'Occident de la part d'un chantre du totalitarisme... Sans oublier l'affront fait du début à la fin de la visite à l'État libanais, pourtant l'hôte d'Ahmadinejad, et la proclamation franche, pour la première fois, de l'État du Hezbollah dans la banlieue sud, et de son allégeance totale aux contrées persanes, aussi bien par le président iranien que par son fidèle local, Hassan Nasrallah... Qu'Ahmadinejad ait reçu l'accueil d'un demi-dieu, digne d'un Nuremberg filmé par Leni Riefenstahl, par les partisans de sa succursale libanaise n'a non plus absolument rien de surprenant. Tout cela faisait partie du terriblement - et tristement - prévisible, et le peu inspiré cavalier de l'Apocalypse n'a, encore une fois, déjoué aucun pronostic.

Un seul paramètre est digne d'être soulevé à l'issue de cette visite : le déficit flagrant de légitimité qui a conduit Mahmoud Ahmadinejad, car c'est là le véritable objectif de la visite, à venir se refaire une santé auprès de ses hommes au Liban. Car si les partisans de l'État du Hezbollah se réjouissent d'avoir enfin reçu l'imperator tant attendu et le message qui vient enfin conforter, à l'échelle nationale, le sentiment de supériorité que leur confèrent leurs armes, il reste que son règne ne tient plus, à Téhéran, qu'à la toute-puissance de la répression policière des pasdarans et des bassidj. Dans un sens, sur le ton de la badinerie, Ahmadinejad peut désormais se réjouir d'être l'homme d'État qui possède, proportionnellement, plus de supporters au Liban que chez lui. C'est aussi ainsi, en changeant de perspective, que l'on peut décider de décrypter l'événement. Et, au final, le constat est affligeant pour les deux parties concernées : le président iranien et le Hezbollah. D'autant qu'en voulant confisquer la patrie libanaise comme il a confisqué les votes de son peuple, Ahmadinejad ne perçoit le pays du Cèdre que comme un moyen, un instrument, une plate-forme pour montrer à l'univers entier que rien, pas même des sanctions internationales ou toutes les pressions de la planète, ne peuvent stopper l'inéluctable avancée du nouvel empire mahdivi.

Qu'Ahmadinejad se réjouisse de tout cela, d'entendre du perse à mille lieues de chez lui, d'être glorifié en leader prophétique, c'est bien normal. Bien moins heureux devraient être, en revanche, ceux qui, gonflés à bloc par l'événement, n'ont pas encore tiré les leçons ni du 8 mars 2005, ni du 7 mai 2008, et qui continuent d'ignorer, en définitive, ce qu'est le Liban : une patrie de la convivialité, de l'ouverture et de la modération, pour tous ses fils, loin de tout despotisme politico-impérial vindicatif, mal dissimulé sous un vernis ethnico-communautaire.

Mais, allez, il faut aussi voir le bon côté des choses. Et il y en a un. Plus besoin dorénavant de s'époumoner pour le dire : la grande majorité des Libanais, sinon le monde entier, savent désormais qui tire les véritables ficelles au Liban, qui y sème le chaos... et, surtout, pour quelles raisons.


11/10/2010

Khoch amdid, M. Ahmadinejad, amma*...

par Michel Hajji Georgiou

L'Orient-Le Jour

« J'ai appris qu'il y a des situations dans lesquelles la seule liberté qu'il nous reste, c'est de décrire. La liberté de décrire avec ses propres mots le sort qui s'abat sur nous. Parfois, cela peut être aussi un chemin pour échapper à son statut de victime. » Ce magnifique hommage à la liberté d'expression, ressentie et vécue comme le dernier souffle de la révolte, l'ultime cri de vie face aux totalitarismes de tout genre, est de l'écrivain israélien David Grossman, qui vient de recevoir hier à Francfort le prix des libraires allemands pour la paix. David Grossman, promoteur invétéré de la paix, a appelé, à l'occasion, Israël à « réécrire son histoire » et à « appréhender son passé et ses tragédies d'une façon nouvelle pour se réinventer ». « Seule la paix donnera à Israël un chez-soi et un avenir. Et seule la paix nous permettra, à nous, Israéliens, de ressentir quelque chose qui nous est totalement inconnu jusqu'ici : le sentiment d'une existence stable », ajoute l'un de ceux, trop rares, qui ont eu la lucidité et le courage, de l'autre côté de la frontière, de se soustraire à l'inexorable carcan martial dans lequel s'englue jour après jour Israël, de dénoncer l'horreur, la bêtise et l'absurdité de la guerre de juillet 2006 - durant laquelle son fils avait trouvé la mort sur le front -, et de condamner surtout cette flambée incontrôlable de violence, cette inéluctable montée aux extrêmes qui menace l'existence de l'ensemble des peuples de la région.

Des esprits libres comme David Grossman, il n'y en a malheureusement pas beaucoup. Pas seulement en Israël d'ailleurs. Au Liban aussi, pourtant considéré jadis comme l'exception qui confirme la règle despotique dans le monde arabe, ils se font rares. Et pour cause : la terre autrefois suffisamment arable pour produire des électrons libres et des objecteurs de conscience est aujourd'hui sommée de capituler lentement mais sûrement sous les coups de boutoirs des appels d'empire régionaux et des tyranneaux voisins. Au pays de Charles Malek, où c'est bientôt Mahmoud Ahmadinejad - et non Shirine Ebadi ou Mohammad Khatami - qui sera accueilli en héros par une partie de la population libanaise, le temps est à l'asphyxie des voix qui refusent encore de se soumettre à la logique de la force. Naguère, avant que ce pays ne subisse une dénaturation culturelle par la force des baïonnettes syriennes, des journalistes courageux et insoumis comme Ayman Charouf ou Omar Harkouss (et tous les autres) auraient été montrés en exemple, et le plaignant, bien triste sire vilipendé sur la place publique pour tout le mal effectué aux citoyens, et aux étudiants particulièrement, sous le règne de la terreur. Naguère, avant que ce pays ne recherche une forme servile du politiquement correct dicté par l'arsenal dissuasif et persuasif du parti divin, une menace directe contre un tout aussi courageux reporter de l'une des principales chaînes de télévision du pays, Georges Eid de la MTV, aurait défrayé la chronique. Toute la honte du monde se serait abattue sur la mesquinerie de cette personne qui, barricadée lâchement derrière son téléphone, son anonymat et son océan de fiel, s'en est prise au journaliste qui ne faisait qu'un travail d'investigation à Roueisset-Jdeideh. Mais la vérité est trop lourde pour le parti incriminé, surtout quand son allié chrétien s'en va en permanence sonner le tocsin en accusant ses adversaires (sunnites) de « poursuivre une politique expansionniste dans les régions chrétiennes ». Naguère, du temps où le Liban défendait jalousement et farouchement ses espaces de liberté, où un opposant comme Ma'moun el-Homsi n'aurait pas été poliment conduit à l'exil par souci de complaire au despote, la censure officielle n'aurait pas contraint le report (ou interdit ?) le documentaire iranien Green Days de Hana Makhmalbaf, sur la révolte iranienne de juin 2009 après la présidentielle,  uniquement parce qu'il pourrait ternir quelque peu - mais reste-t-il encore quelque chose à ternir, du reste ? - la réputation du président Ahmadinejad.

Or c'est justement là que le bât blesse. Libre à qui que ce soit, Mahmoud Ahmadinejad compris, de venir au Liban. Tout individu est en effet le bienvenu au pays du Cèdre, quand bien même il n'en partage pas les valeurs et le patrimoine. Le Liban s'apprête d'ailleurs à recevoir bientôt le salafiste Tariq Ramadan après avoir reçu l'antisémite Dieudonné ou encore le prédicateur ultra Omar Bakri, et bien d'autres figures atypiques encore. Qu'importe, il est suffisamment vaste dans son exiguïté, du fait de sa passion pour la diversité, pour accueillir tout le monde, sans pour autant perdre son âme. Par contre, l'humoriste Gad el-Maleh, désigné comme le mal absolu par quelques bloggeurs en quête de sensationnalisme, de reconnaissance et d'originalité sur Internet, campagne récupérée politiquement par le Hezbollah, et déclaré persona non grata par le parti divin, a dû se résigner face aux menaces et annuler son spectacle.

Ce n'est donc pas la visite en soi du président iranien, loin de là, qui est en cause. Au contraire : peut-être le Liban pourrait-il contribuer à le « convertir », le métamorphoser, à lui insuffler enfin un peu plus de cette humanité qui fait défaut à son exaltation divine, à le rapprocher plus de la modération et de l'ouverture de Moussa Sadr et de Mohammad Mahdi Chamseddine, dont le Liban s'enorgueillit, que du modèle théocratique et policier de Ruhollah Khomeiny et Ali Khameneï. Libre à Mahmoud Ahmadinejad de déclencher les passions et les ferveurs de ceux qui voient en lui un leader, un héros, voire une figure messianique. Qu'ils veuillent lui réserver un accueil historique, frénétique, passionné, en se camouflant de la couverture chrétienne des partisans orange, cela est finalement leur affaire. Après tout, tout individu peut choisir volontairement de devenir un paria, de se mettre en marge du monde ; personne n'a le droit de l'en empêcher s'il persiste à s'entêter sans vouloir écouter quiconque.

Par contre, ce que le Liban ne saurait tolérer, c'est que Hassan Nasrallah lui-même annonce le programme de la visite du président iranien, pourtant invité officiel du chef de l'État, comme s'il était le véritable État, l'État de fait, reconnu officiellement par Ahmadinejad. Ce que le Liban ne saurait admettre, c'est le ton arrogant et condescendant avec lequel le secrétaire général du Hezbollah invite tous les Libanais à entrer en pamoison devant tout-ce-que-l'Iran-a-toujours-fait-pour-le-Liban, sans jamais rien demander en retour, en plus ! En oubliant que le rôle destructeur de Téhéran au Liban, qui plus est dans le soutien militaire, financier et idéologique au Hezbollah, est plus que jamais pointé du doigt par la majorité des Libanais qui s'est exprimée lors du scrutin de 2009, celui-là même qui devait, de l'aveu du président iranien qui fantasmait sur la victoire du 8 Mars quelques jours avant l'échéance, « changer la face de la région ».

Ce que le Liban ne saurait tolérer, malgré son adulation pour la liberté d'expression, c'est que le président iranien, connu pour ses sorties oratoires spectaculaires et excessives, n'embarrasse l'État libanais par des propos inconsidérés sur la Shoah et le 11-Septembre. Ce que les Libanais ne sauraient tolérer, c'est que Mahmoud Ahmadinejad se comporte comme l'imperator qui vient inspecter ses colonies les plus récentes, ses nouvelles provinces aux confins de l'empire, pour mieux narguer l'ennemi de la frontière. Libre à lui de tenir n'importe quel discours belliqueux, incendiaire, d'annoncer toute échéance apocalyptique ou eschatologique qui lui sied, mais... qu'il le fasse de Téhéran, d'Ispahan ou de Khorramchahr. Pas de Beyrouth, et encore moins de Bint Jbeil ou de Maroun el-Rass. Les guerres par procuration, les Libanais en ont assez. Ils ont eux aussi le droit, pour revenir aux propos de David Grossman, de rêver d'une « existence stable », d'une « réinvention de soi » et d'un « avenir ». Tout cela, Mahmoud Ahmadinejad ne peut pas le leur donner. Sauf s'il déclare que Téhéran renonce à financer et armer le Hezbollah. Sauf s'il l'appelle à remettre ses armes à l'armée libanaise et à s'intégrer dans l'État. Mais qu'il commence donc, par défaut, à le faire chez lui, en confrontant enfin son peuple et ses extraordinaires démocrates, au lieu de chercher des publics de substitution dans ce qu'il s'imagine être les satrapies de son empire.

Le temps qu'il y parvienne, ce sera autant de gagné pour la stabilité au Liban.

 

03/10/2010

Barack Obama est-il "bon pour les Juifs”?
par Joel Fishman, historien et chercheur, pour le quotidien israélien Makor Rishon, le 1 Octobre 2010
 
http://www.objectif-info.com/index.php?id=1475
 
Titre original : Is Barack Obama “Good for the Jews”?
Traduction :
Objectif-info

L'attitude de tout président américain envers Israël constitue une préoccupation en soi parce qu'elle affecte nos existences et notre sécurité. Cette semaine, le président Obama a exhorté publiquement Israël à prolonger le gel des implantations. Beaucoup d'Israéliens ont trouvé cette immixtion blessante et malvenue . On ne devrait pas se demander si ce président est un ami d'Israël parce qu'il a publiquement révélé ses préférences dans son discours du Caire du 4 juin 2009. Malgré tout, nous nous demandons sans arrêt si Obama est "bon pour les juifs" (et Israël), même si la question n'est pas ouvertement formulée.

Normalement, nous supposons que tout président est d'abord bon pour l'Amérique, mais Obama n'a pas convaincu beaucoup d'Américains qu'il en est bien ainsi. Il est remarquable qu'il y ait aux Etats-Unis une démarche interrogative de même nature. Des observateurs politiques réputés, comme Peggy Noonan, Dinesh D'Souza, Charles Krauthammer, Andy McCarthy, et Victor Davis Hanson, se demandent également si ce président est bon pour l'Amérique, et ils n'en sont pas convaincus. Leur angle de vision est peut être différent, mais si l'Amérique et Israël partagent bien les mêmes valeurs [judéo-chrétiennes], les intérêts des deux pays devraient coïncider en grande partie. Mais, de fait, ce n’est pas tout a fait le cas.

Il est nécessaire de se pencher sur le passé récent, parce que les deux présidents américains précédents, qui prétendaient être des amis de l'état juif, lui ont causé en réalité des dommages considérables.

Plus globalement, le grand manquement de Bill Clinton en tant que président a été de ne pas considérer le terrorisme islamique radical comme une menace sérieuse, même après les attentats contre le World Trade Center [en février 1993] et Khobar Towers(1) [en juin 1996].

Pour aggraver les choses, l'administration Clinton a donné une définition réductrice du terrorisme, une infraction criminelle plutôt qu'un acte de guerre. Selon le cas, la réponse est différente. Si l'on considère le terrorisme comme un acte criminel, on traine les contrevenants en justice. Si l'on considère le terrorisme comme un acte de guerre, on est en droit de le combattre par tous les moyens possibles. Il y a une différence, et, comme l'a écrit Albert Camus, "mal nommer les choses, volontairement ou pas, c'est ajouter au malheur du monde."

Cette réticence à affronter les dangers du terrorisme a contribué à l'émergence d'une vulnérabilité de l'Amérique à une attaque surprise dévastatrice. Bien que le rapport sur le 11 septembre n'ait pas mis en cause une responsabilité personnelle, le professeur émérite de Harvard, feu Ernest May, membre éminent de la Commission sur le 11 septembre, s'est prononcé en public, indépendamment. Il a rapporté que "la C.I.A s'était retournée contre lui [Clinton] parce qu'il n'avait pas assisté à une cérémonie à la mémoire de deux de ses membres abattus par un terroriste devant l'entrée du siège de l'agence." De plus, il n'avait pas de rapports du tout avec Louis Freeh, le directeur du FBI. Le Président Clinton n'avait donc pas de relations de travail opérantes avec les principaux services de sécurité de l'Amérique, et on en connait les conséquences pour l'Amérique et pour ses alliés, entre autres Israël.

En ce qui concerne les relations bilatérales, on ne se souvient pas en général qu'au printemps 1993, le président Clinton a contraint le gouvernement Rabin à rapatrier quatre cents quinze membres de la direction du Hamas qu'il avait expulsés au Liban en décembre 1992. Ainsi, Clinton a contribué à l'ascension du Hamas à Gaza. Si on additionne les contributions de Condoleezza Rice et de Bill Clinton, il est évident que les Frères Musulmans et la République islamique d'Iran doivent une fière chandelle à deux administrations américaines récentes.

En outre, il y a des choses que nous ne pourrons jamais savoir. Au cours des auditions d'habilitation de Hillary Clinton en tant que secrétaire d'état, la Fondation William J. Clinton a révélé à contrecœur que le royaume d'Arabie Saoudite lui avait fait un don de dix à vingt-cinq millions de dollars pour financer la bibliothèque présidentielle de Clinton. Nous devons savoir exactement ce que le prince Bandar entendait quand il a dit que "si la réputation des Saoudiens de prendre soin de leurs amis quand ils quittent leurs fonctions est désormais établie, vous seriez étonnés de savoir à quel point nous avons des amis, les meilleurs qui soient, quand ils entament leur mandat." Il est clair qu'il y a là un manque de transparence. Nous ne savons toujours pas ce que les Saoudiens achètent avec cet investissement considérable, quand il prend la forme d'un paiement différé.

La semaine dernière, l'ancien président Clinton a dit le fond de sa pensée et ouvertement critiqué les Israéliens qui ont émigré de l'ancienne Union Soviétique parce qu'ils étaient défiants vis-à-vis du "processus de paix." Il est inimaginable qu'un premier ministre israélien critique l'attitude d'un groupe ethnique des Etats-Unis, quel qu'il soit, et c'était là tout simplement une mauvaise manière.

George W. Bush de son coté donna beaucoup de lui pour afficher son amitié avec Israël. Quand il vint en Israël pour la célébration des soixante ans de l'Indépendance, il se comporta comme un frère avec le premier ministre Olmert. Cependant, l'apparence et la réalité ne coïncidaient pas. Suite à des pressions et des menaces saoudiennes à fin août 2001 (juste avant le 11 septembre), pour la toute première fois, les Américains soutenaient l'idée d'un état palestinien. En outre, en novembre 2005, Condoleezza Rice contraignait Israël à ouvrir le poste frontalier de Rafah. Contre des avis unanimes, Rice poussait à des élections au sein de l'Autorité palestinienne qui incluait alors Gaza (25 janvier 2006). Cette décision s'est avérée être une erreur colossale. Le Hamas a gagné à Gaza, et ce territoire est devenu un sanctuaire pour le terrorisme, comme le Laos en son temps. Nous vivons maintenant avec les conséquences de cet échec. Merci, Condoleezza ! Il faut aussi mentionner le rapport des services de renseignement américains de novembre 2007 (National Intelligence Estimate), aussi scandaleux que malhonnête, qui niait l'existence de la menace constituée par le programme nucléaire iranien. Ce rapport a fourvoyé l'opinion publique et interdit une réponse approprié au problème.

Jusqu'à présent, le président Barack Obama n'a pas encore réussi à causer à Israël des dommages comparables à ceux de ses deux prédécesseurs. À son crédit, il ne prétend pas être un ami. Pour le présent, nous devons respecter sa franchise, mais exercer à son endroit une vigilance étroite.

Le docteur Joel Fishman est membre d'un institut de recherche de recherche de Jérusalem.

(1) Complexe immobilier situé près de la ville de Dhahran dans l'Est de l'Arabie saoudite (NdT)
 

25/08/2010

Objectif La Haye

Issa Goraieb

L'Orient Le Jour

Vous pouvez l'oublier pour un temps, ce rébus sur lequel les diverses fractions libanaises planchent en vain depuis des années : la stratégie de défense nationale c'est désormais de l'histoire ancienne, un refrain qui ne sert plus qu'à meubler la conversation lors des épisodiques sessions du dialogue, dit lui aussi national.

Il est depuis longtemps évident en effet que la résistance islamique, jalouse de son autonomie, n'acceptera jamais d'intégrer ses combattants à l'armée libanaise. Autonomie toute relative cependant ; car si la milice n'est certes pas près de prendre ses ordres du commandement militaire libanais, si elle ambitionne même de phagocyter peu à peu la troupe régulière, il ne fait aucun doute en revanche qu'elle appliquera à la lettre toute instruction émanant de ses protecteurs de Téhéran. Ce serait évidemment le cas si Israël venait à bombarder les installations nucléaires d'Iran et que l'ouverture d'un front de diversion s'avérait nécessaire au Liban-Sud.

Toujours est-il que dans son allocution d'hier, le chef du Hezbollah n'a pas manqué de faire état de ses liens privilégiés avec la République des mollahs, savourant même le plaisir rare de se poser en solliciteur bénévole, estimé et écouté, en vue de la fourniture à l'armée libanaise d'une partie de ces armements iraniens qui, depuis 1982, inondent généreusement le Liban. En touche-à-tout de génie, il a traité de questions aussi diverses que les coupures d'eau et de courant, brandissant le droit de notre pays à accéder à son tour à l'énergie nucléaire civile.

Un clou chassant l'autre, il est clair cependant que l'essentiel des préoccupations de Hassan Nasrallah s'est déplacé, ces derniers mois, de la région frontalière à La Haye : c'est une toute autre stratégie de défense - de défense tout court, dans le sens le plus strictement juridique du terme - que peaufine, depuis le début de l'été, le Hezbollah. La meilleure des défenses étant l'attaque, c'est une guerre préventive en règle qu'a lancée ce parti contre le Tribunal spécial pour le Liban, qu'il accuse de s'apprêter à l'incriminer injustement dans l'affaire de l'assassinat de Rafic Hariri.

De cette campagne, les étapes se sont succédé tambour battant, ponctuées qu'elles étaient par des apparitions télévisées, théâtralement programmées, du chef du parti de Dieu. La première de celles-ci consistait à assimiler ce tribunal à un infâme instrument israélien ; c'était, du coup, faire de tout citoyen qui persisterait à accorder toute sa confiance à la justice internationale un complice objectif de l'ennemi. Ce fut ensuite la présentation d'indices censés illustrer l'implication de l'État hébreu dans l'effroyable attentat à la bombe du 14 février 2005 : informations aussitôt réclamées et dûment examinées par le procureur Daniel Bellemare qui les jugeait, hier même, incomplètes. Vint entre-temps l'exigence, réitérée hier encore, de poursuites locales contre les faux témoins qui, selon Nasrallah et ses alliés, ont lancé les enquêteurs internationaux sur de fausses pistes : sachant pourtant que l'affaire échappe d'office à la compétence d'une justice libanaise dont la vulnérabilité aux pressions et menaces commandait précisément le recours à une juridiction à caractère international.

Quant aux étapes à venir, il n'est pas difficile de les deviner, même si - comble de l'absurde - tout ce sulfureux programme est dressé avant même la publication d'un quelconque acte d'accusation. On en vient déjà à exiger que le pays désavoue le tribunal spécialement institué pour lui, qu'il en cesse le financement et que démissionnent les magistrats libanais qui en font partie. Que les présidents et rois arabes interviennent auprès des puissances afin que soit neutralisée La Haye, sinon c'est le chaos, les heurts sectaires, cette infâme fitna dont un sanglant échantillon était présenté hier en soirée dans certains quartiers de Beyrouth-Ouest : de toutes les parades échafaudées face au cours de la justice, la plus choquante est ce chantage à la sécurité et à la stabilité internes, car elle fait des Libanais, toutes appartenances confondues, une population d'otages. Elle est la plus bizarrement naïve aussi, car elle prête aux puissances un pouvoir quasi absolu sur le tribunal. C'est la plus improductive enfin : elle n'honore guère ses auteurs en leur assignant ce qui ressemble fort à un comportement de coupable.


19/08/2010

Vous avez dit Abou Ghraib ? Pas de vacances pour la désinformation…

P.I.Lurçat

"Scandale de type Abou Ghraib en Israël", titre le site France 2, citant Ha'aretz. France 24 est plus explicite " "Une officier israélienne se met en scène aux côtés de prisonniers palestiniens"… En fait de mise en scène, la soldate en question, Eden Abergel, s'est contentée de se faire photographier devant des prisonniers palestiniens – assis sur des parpaings les yeux bandés – et de publier les photos sur son profil Facebook. Quel rapport avec Abou Ghraib ?
 
Comme le rappelle justement le site Rue89, l'affaire Abergel est "beaucoup moins choquante" que celle de la soldate américaine Lyndie England, qui avait posé en compagnie de détenus torturés dans la prison américaine d'Abou Ghraib. A Abou Ghraib, il s'agissait effectivement de sévices et d'humiliations (ah… la fameuse humiliation arabe !) et de photos obscènes, prises par des soldats aux tendances sadiques.
 
Rien de tout cela dans "l'affaire Abergel" : Eden Abergel est simplement une soldate israélienne qui, dans un moment de désœuvrement, a pris des photos où elle pose devant des prisonniers palestiniens, qui ne sont ni torturés ni humiliés et qui ont l'air aussi bien portants qu'un Gazaoui ventripotent en période de "siege"… Le seul 'crime' d'Eden Abergel est d'avoir posté ses photos sur Facebook, qui est – comme chacun sait – un endroit public où tout est partagé.
Ce qui est choquant dans ce "petit Abou Ghraib" [selon Rue89], c'est l'empressement avec lequel les journalistes occidentaux accusent Israël de tous les maux et établissent des comparaisons injustifiées, sans même prendre la peine de vérifier les faits, uniquement pour le 'plaisir' de critiquer l'Etat juif. Rue89 écrit à ce sujet, citant un bloggeur, qu'Eden Abergel, comme Lyndie England, est devenue un visage pour la "banalité du mal" (allusion au nazisme, reprenant une expression fameuse de la philosophe juive allemande Hannah Arendt). Voila le fin mot de l'histoire : comment une banale affaire de photos innocentes postées sur Facebook devient un acte d'accusation contre Israël, émule des Nazis…
 LIRE LA SUITE SUR UPJF.ORG

09/08/2010

Liban: In a Lonely Place...*
L'Orient-Le Jour
Michel Haggi Georgiou

Alors, c'est Israël qui est derrière tout ce qui s'est produit au Liban depuis 2004. Soit. Admettons le postulat de base. Que ne nous réconforterait-il pas en effet d'entendre que c'est encore une fois Tel-Aviv, mue par sa volonté éternelle de maintenir la discorde dans le monde arabe, qui est la source des maux du Liban, comme c'est d'ailleurs largement le cas depuis 1948. Quelle joie ce serait, pour l'ensemble des Libanais, de pouvoir redéfinir une fois de plus leur unité nationale contre « l'ennemi idéologique » de la « grande nation arabe ». D'autant que l'argument viendrait à point nommé pour décrisper complètement la situation avec la Syrie, maintenant que l'armée syrienne s'est retirée du pays, et malgré les ingérences syriennes feutrées par Libanais interposés. La culpabilité d'Israël serait incontestablement une véritable aubaine pour le Liban. Souhaitons donc de tout notre cœur que Hassan Nasrallah en possède la preuve létale, et qu'il la remettra au plus vite au TSL, afin que ce dernier puisse rapidement tirer ses conclusions et trouver enfin grâce aux yeux du leader islamiste.

Seulement, et quelles que soient les preuves extraordinaires que le patron du Hezbollah va bien pouvoir exhumer aujourd'hui dans le nouvel épisode de sa saga télévisée épique, il reste que quelque chose ne tient pas la route - et c'est le moins qu'on puisse dire - dans son raisonnement. D'où la légitimité de cet article, fait de questions ingénues sans réponses.

Si c'est en effet Israël qui a assassiné Rafic Hariri, Bassel Fleyhane, Samir Kassir, Georges Haoui, Gebran Tuéni, Pierre Gemayel, Walid Eido, Antoine Ghanem et tous les autres innocents, pourquoi d'abord avoir attendu aussi longtemps pour le révéler au bon peuple ? Tout le monde connaît l'efficacité de l'infrastructure d'espionnage du Hezb, nécessaire pour préserver une longueur d'avance sur l'ennemi. Pourquoi alors Hassan Nasrallah n'a-t-il pas trop insisté sur la culpabilité d'Israël lorsqu'il avait émis cette théorie, juste par « pure hypothèse », en 2005, au moins lors d'une réunion avec Samir Frangié et Samir Abdel Malak ? « Laissez tomber », avait-il dit, sans trop y croire lui-même, devant le regard hautement dubitatif de ses hôtes... Première question sans réponse.

Ensuite, si Israël a bel et bien assassiné Rafic Hariri et tous les autres, pourquoi le Hezbollah et les alliés de la Syrie font-ils des pieds et des mains, depuis l'an 2005, pour torpiller le Tribunal spécial pour le Liban?

Pourquoi avoir tout fait pour combattre ce tribunal, sans jamais présenter la moindre preuve au sujet d'Israël ? Pourtant, au lieu de s'acharner contre le tribunal - comme ce soir tragique de décembre lorsque la voiture de Gebran Tuéni a volé en éclats et lorsque, loin de se solidariser avec les victimes, les ministres du Hezbollah et d'Amal ont claqué la porte du gouvernement la première fois -, n'aurait-il pas été plus simple de faire preuve de compréhension et de coopération ; sinon de rendre hommage à ce vrai résistant tombé sous les coups de l'ennemi ? Pourquoi, si c'est bien Tel-Aviv le coupable, Damas a-t-il tout fait depuis 2005, par alliés interposés, pour déstabiliser le pays et en faire un Failed State ? Pourquoi le directoire syrien donne-t-il continuellement l'impression d'être à la recherche de celui, quel qu'il soit, qui pourrait l'aider à s'extirper du cercle de la culpabilité, par le biais d'un marché régional ou international -, et ce alors même que tout le monde proclame, l'on ne sait d'ailleurs guère pourquoi, que le TSL a d'ores et déjà innocenté la Syrie ?

Si Israël a effectivement tué Samir Kassir, Georges Haoui, Gebran Tuéni et Pierre Gemayel, pourquoi avoir fait la guerre avec autant de férocité au 14 Mars depuis 2005 ? Pourtant l'avoir accusé cent mille fois de collaboration avec l'État hébreu, puisque ses symboles ont été assassinés par Israël ? Pourquoi avoir voué les chefs de file du courant souverainiste aux gémonies, en les accusant de « traîtrise » et de « collusion avec l'ennemi » durant la guerre de juillet 2006, puisqu'ils étaient dans le collimateur de l'État hébreu autant, sinon plus alors, que les cadres de la « Résistance » ? Pourquoi avoir ensuite mené une guerre à l'intérieur contre eux en 2008, toujours en les diabolisant de plus belle, sans cesser un instant de les assimiler au projet sioniste ?

Le secrétaire général du Hezbollah possède-t-il la réponse à toutes ces questions ? S'il considère que le 14 Mars a été manipulé depuis le 14 février 2005 par Washington et Tel-Aviv, comme s'évertue à le répéter depuis des années l'un des « idéologues » les plus fidèles du régime syrien, Michel Samaha, pourquoi n'a-t-il pas tout simplement dévoilé tout le complot dès le départ ?

Mais nous ne sommes malheureusement pas dans Alice au pays des merveilles. Les Libanais sont tout à fait disposés à croire qu'Israël a assassiné tous ses chefs de file depuis le 14 février 2005 pour semer la discorde communautaire, dans la plus pure tradition du discours officiel prosyrien qui était de mise avant l'intifada de l'indépendance. Ils sont même prêts à admettre, ne serait-ce que pour accompagner Hassan Nasrallah dans sa nouvelle expédition onirique et rhétorique, qu'Israël a aussi tué Riad el-Solh, Riad Taha, Soubhi el-Saleh, Mohammad Choucair, Kamal Joumblatt, Bachir Gemayel (dont l'assassin se pavane librement en Syrie !), Sélim Laouzi, Michel Seurat, Nazem Kadri, Hassan Khaled, René Moawad, et beaucoup d'autres souverainistes encore... et que nul autre que l'État hébreu, qui bat déjà tous les records de criminalité en Palestine, comme hier au Liban-Sud et à Beyrouth, n'a jamais fait couler le sang des Libanais. Mais ils ont du mal à croire que le Hezbollah ait pu rester muet et les bras croisés durant tout ce temps si c'est effectivement Tel-Aviv qui a sévi le 14 février 2005, et puis périodiquement jusqu'en 2007. Ils ont du mal à croire que les services de renseignements syriens, aidés par ceux du Hezb, qui contrôlaient pourtant l'ensemble du territoire libanais, n'aient pu débusquer le complot. Ils ont d'autant plus de mal à croire qu'à la demande de certains responsables des services de sécurité à l'époque, des pièces à conviction avaient été soigneusement escamotées de la scène du crime devant le Saint-Georges : ces derniers étaient-ils les collaborateurs d'Israël ? Qu'ils soient donc traduits en justice si c'est le cas. Les Libanais ont du mal à admettre que ce soit Israël, et non la justice addoumienne de l'époque, qui ait fait disparaître des éléments fondamentaux du dossier de l'attentat contre Marwan Hamadé - à moins que le procureur général ait lui aussi magistralement floué tout le monde en se faisant passer, durant toutes ces années, pour l'homme lige de Damas. Combien auraient-ils préféré que ce soit, par ailleurs, une speakerine d'une chaîne de télévision israélienne qui commente avec sarcasme les images de l'assassinat de Walid Eido, en annonçant le pire pour Ahmad Fatfat... ? Combien auraient-ils compris que ce soient des sites israéliens, et non syriens, qui aient insulté frénétiquement et fielleusement Samir Kassir et Gebran Tuéni post-
mortem ; ou encore que les faux témoins envoyés auprès du TSL soient en fait tous des agents sionistes, et non pas des ressortissants syriens jusqu'à présent installés sous l'ombrelle du régime de Damas... ? Et les exemples sont interminables...

Il reste, au-delà de tout cela, la question initiale, cruciale : si l'hypothèse de Hassan Nasrallah est véritablement admissible, et si Israël a réellement assassiné Rafic Hariri et tous ses compagnons de la révolution du Cèdre, pourquoi avoir laissé faire, dans ce qui constituerait une grave brèche sécuritaire pour toute « résistance », et attendu aussi longtemps pour monter au créneau ? Serait-ce qu'Israël - puisque c'est à lui qu'on veut faire porter le chapeau - ait pu rendre ce fier et immense service, une fois de plus, à des alliés objectifs... ?

* Film de Nicholas Ray (1950), dans lequel le personnage campé par Humphrey Bogart s'ingénie à convaincre autour de lui, non sans succès, qu'il n'est pas coupable du crime dont on l'accuse. L'a-t-il vraiment commis ? À voir absolument. 

 

31/07/2010

De la Lune à la Terre
l'Orient le Jour
Michel Haggi Georgiou
Élie Fayad
Coups d’épingle
« Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose » : la campagne que mène le Hezbollah par anticipation contre le Tribunal spécial pour le Liban revêt, en partie du moins, un caractère surfait, artificiel. Tout comme, d'ailleurs, les « fuites » dans la presse qui, à en croire le Hezb, seraient à l'origine de la décision de lancer cette campagne.

Sur ce plan, on se doit de relever, non sans quelque perplexité, que depuis que le secrétaire général du Hezbollah a entamé son feuilleton anti-TSL, donnant le signal de l'ouverture des hostilités aux autres caciques du parti, les fuites ont eu tendance à se multiplier simultanément. Et pas n'importe où, puisque ce sont à présent des médias plutôt favorables à cette formation qui, en la matière, mettent les bouchées doubles. Certes, il ne s'agit pas ici de tirer de cette concomitance des conclusions hâtives. D'ailleurs, dans toute cette affaire, il faut se garder de se laisser aller à une démarche semblable, justement, à celle que l'on est en droit de reprocher au Hezbollah.
Mais commençons par rassurer le numéro deux du Hezb, cheikh Naïm Kassem, qui se demandait jeudi si le droit à l'autodéfense n'était plus de mise : non seulement ce droit est toujours de mise, mais la défense est par définition l'une des pièces maîtresses de toute partie d'échecs judiciaire et l'un des temps forts de tout procès, surtout en matière pénale.

Sauf que dans le cas qui nous intéresse, il semble utile de rappeler que le procès n'a pas encore commencé. Et dans cette situation, c'est-à-dire, en clair, en l'absence d'accusation, aucun code de procédure n'est en mesure d'accorder à cheikh Kassem ce qu'il réclame sur un ton faussement innocent (sans jeu de mots), à savoir le droit de se défendre sans être accusé.

La démarche du numéro deux, comme celle du numéro un et des autres, tout autant que des auteurs de « fuites » dans la presse, du Der Spiegel au Safir, est donc éminemment politique. Comme le sont aussi les interférences israéliennes dans l'affaire, des commentaires du chef d'état-major, Gaby Ashkenazi, jusqu'aux « informations » puisées à telle ou telle source.

En fait, autour du TSL, tout est politique, sauf le TSL lui-même. Certes, la création de ce tribunal était le fruit d'une décision politique. Mais au moins du point de vue libanais, cette décision n'avait absolument rien de honteux, de « conspirateur ». Elle était politique dans le sens le plus noble du terme, puisqu'il s'agissait - et il s'agit toujours - de mettre fin à la tradition d'impunité dont bénéficient les auteurs d'attentats politiques au Liban.

Mais la noblesse de cet objectif va bien au-delà de l'impunité. Car ce qui compte réellement, ce qui, politiquement, fait du TSL un instrument fondateur pour le Liban de demain, ce n'est pas tant la sanction que subiront (peut-être) les coupables, c'est la fin d'une pratique barbare qui, jusqu'à cet instant, continue de façonner d'une certaine manière la vie politique libanaise, une pratique qui, bien davantage que les élections législatives, détermine les vrais rapports de force politiques dans le pays. Le fait que les attentats ont pratiquement cessé depuis l'accord de Doha tend à prouver ce constat.

À cet égard, le cas de Lockerbie est exemplaire. On sait pertinemment que le principal coupable n'a pas été châtié, que l'on s'est contenté d'expédients. Et pourtant, le résultat politique du procès est on ne peut plus concluant : le chef d'État en question a toujours l'apparence d'un trublion, mais il est devenu un trublion de salon, quasiment inoffensif, après avoir été, dans les années quatre-vingt, l'un des hommes considérés comme les plus dangereux du monde.

Mais qu'en est-il du TSL lui-même ? Le Hezbollah et quelques-uns de ses alliés (pas tous) nous affirment qu'il est « israélien ». Qu'est-ce à dire ? Que tous les enquêteurs, les juges et les fonctionnaires ont été enrôlés ? Que les Nations unies sont collectivement mues par le même désir
de servir les objectifs israéliens ou « américano-israéliens » ?

Soyons clairs : allons jusqu'à supposer qu'une partie influente du Conseil de sécurité veuille faire du tribunal un instrument au service de sa politique. Pour réussir dans cette tâche, il lui faudra tout d'abord obtenir l'aval de la majorité des autres membres du Conseil, c'est-à-dire grosso mode des cinq membres permanents et de quelques autres.

Soyons encore plus clairs : s'il y a un « complot » contre le Hezbollah fomenté de concert par les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie, la Chine et d'autres mammouths de la planète d'un calibre à peine plus mince, que devrait faire alors le Liban ? Résister à cette coalition ? Si oui, il faudrait alors organiser la résistance à partir de la Lune, puisque la planète entière serait devenue « israélienne ».

À présent, revenons sur Terre : un acte d'accusation n'est que le début d'un processus judiciaire, non sa fin. À supposer même qu'il puisse être « manipulé » ou « orienté », comme l'étaient, par exemple, certains actes d'accusation à l'époque des démocraties populaires d'Europe de l'Est, la justice internationale n'ayant rien d'un tribunal soviétique ferait le nécessaire pour rectifier le cours des choses.
En attendant, pour faire face tant aux « fuites » de presse qu'aux rodomontades du Hezbollah, lesquels sont fondés sur rien de plus que des sophismes, une seule attitude est possible : la réserve.

Sauf sur un point fondamental : quand Hassan Nasrallah affirme qu'en tout état de cause, il n'accepterait pas que soit accusé un membre de son parti, il faut simplement lui rappeler qu'en tout état de cause, nul ne saurait être au-dessus du droit.

03/07/2010

Coup double
l'Orient le Jour
Issa Goraieb

Finul et Tribunal spécial : ce sont là les deux poumons d'un Liban otage des tensions et violences régionales, et désespérément en quête de protection et de justice internationales. Dès lors et même s'il lui arrive d'emprunter des voies détournées, c'est en priorité aux poumons que s'attaque le virus de la subversion, de la déstabilisation, du chaos.

Si des soldats généreusement envoyés par divers pays amis stationnent depuis des années au Liban-Sud, ce n'est certes pas pour le tourisme. Ce n'est pas non plus pour coloniser un territoire cuit et recuit par les flammes de la guerre. C'est seulement pour aider l'État libanais à y étendre une autorité incontestée, la présence sur place de cette force onusienne constituant par ailleurs un puissant élément de dissuasion, davantage moral que militaire, il est vrai, face aux ardeurs guerrières de l'ennemi israélien, dont est première à pâtir la population civile.

C'est en occupants pourtant qu'étaient (mal) accueillies et maltraitées, par des villageois du Sud, des unités des contingents français et espagnol se livrant mardi dernier à un exercice on ne peut plus routinier. À la Finul il a été formellement reproché de s'être conduite comme en pays conquis, suscitant l'effroi et la colère d'une paisible population totalement prise de court par le déferlement intempestif de la soldatesque onusienne. Or voilà qui laisse supposer de deux choses l'une. Ou bien en effet les forces étatiques libanaises, censées informer à l'avance les édiles des communes de l'exercice projeté, se sont, pour une raison inconnue, abstenues de le faire. Ou alors - éventualité encore plus grave - elles l'ont fait, mais sans grand résultat.

Si tel était bien le cas, la prétendue grogne des villageois ne serait plus alors qu'une démonstration savamment programmée et visant à décourager un type précis d'opérations, à savoir la recherche de caches d'armes relevant des milices du cru. C'est ce que semble croire le coordinateur des Nations unies au Liban Michael Williams, quand il relève que maints de ces incidents étaient, à l'évidence, orchestrés. Il en va de même du secrétaire général Ban Ki-moon, évoquant hier la surveillance et l'obstruction auxquelles est en butte la force internationale et appelant l'armée libanaise à assurer à celle-ci la liberté de mouvement que requiert sa mission, telle que définie par la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU.

Le plus extraordinaire cependant reste l'assourdissant silence dans lequel s'est muré le commandement militaire, bien que d'aussi particulières circonstances fassent absolument devoir à la Grande Muette d'expliquer, sinon de s'expliquer. Le seul commentaire émanant de haut lieu aura été le laconique souhait, exprimé par le président Michel Sleiman, de voir régner une coopération accrue entre l'armée et la force internationale. S'adressant aux journalistes, le chef de l'État s'est montré en revanche étonnamment prolixe en abordant l'affaire du technicien des télécoms accusé d'espionnage au profit d'Israël. Car au risque d'indisposer une Europe réfractaire à la peine de mort, mais aussi de paraître préjuger du verdict d'une justice indépendante en principe, il s'est dit résolu à cautionner de son seing toute sentence extrême que prononcerait le tribunal.

L'intelligence avec l'ennemi n'est pas vulgaire peccadille, certes. Mais il est clair que l'hystérique battage fait autour de cette affaire (laquelle demeure, faut-il le rappeler, en cours d'enquête) n'a pas pour seule motivation la légitime indignation du patriote. Un système téléphonique infecté par Israël est, par le fait même, un système non fiable : conclusion qui, en réalité, et malgré le concert de protestations indignées, en arrange plus d'un. Voilà en effet qui vient, d'une part, conforter la prétention du Hezbollah à se doter d'un système de télécommunications autonome. Voilà qui peut aider aussi les ennemis du Tribunal spécial à jeter un doute sur la masse d'indices recueillis par les enquêteurs à partir du décryptage de centaines de milliers de communications par mobile, en vue de reconstituer la préparation puis l'exécution de la vague d'attentats meurtriers qui a frappé le pays.

Finul et tribunal : c'est bien sur ces deux partitions jumelles que joue l'inquiétant orchestre.


27/6/2010

Fonds de commerce
Nagib Aoun
l'Orient le Jour

Le Liban n'est plus ce qu'il était, ne sera plus ce qu'il aurait dû être, ce qu'il aurait pu être. Le Liban a permis aux forces de l'ombre, celles qui le pourchassaient dès sa naissance, de le clouer au pilori, de pulvériser la vocation qui aurait dû être la sienne.

Le Liban est un otage, son âme est kidnappée, son esprit squattérisé, son cœur irrigué au cyanure, un poison fait de haine, d'arrogance et d'autosatisfaction.


Le Liban paye, aujourd'hui, le prix de sa multiplicité, de sa pluralité, il paye le prix de son indulgence, de sa générosité. Le Liban est, aujourd'hui, puni pour avoir largement ouvert ses portes aux réfugiés, aux opprimés de la région, pour avoir osé se distinguer des pays environnants, pour avoir fait de sa différence le réceptacle de toutes les contradictions, de toutes les retrouvailles, de tous les divorces.
Le Liban otage ? Oui, otage des mini-États qui le rongent, des parrains mafieux qui les téléguident, des surenchères indignes qui ont fait du drame palestinien un fonds de commerce lucratif.

Et là, on arrive au point focal de la réflexion, à l'essence même de la tragédie, née une funeste année 1948 et qui s'est fourvoyée, au fil des ans, dans la politique des axes, dans la longue tradition des règlements de comptes entre pays arabes « frères ».

Des dérives arafatistes au Liban, lorsque l'OLP n'entrevoyait le retour à Jérusalem qu'à travers Jounieh « l'isolationniste », aux désastreuses divisions interpalestiniennes d'aujourd'hui, que de temps perdu, que de services rendus à Israël.
Et, en toile de fond, une menace réelle, une épée de Damoclès qui s'aiguise chaque jour un peu plus : l'implantation palestinienne au Liban, celle que l'État hébreu appelle de tous ses vœux, celle à laquelle contribue une présence armée, anarchique dans les camps, délibérée, très bien planifiée hors des camps. Une présence armée dont est naturellement victime la population civile palestinienne humiliée par ceux-là mêmes qui prétendent en être les défenseurs.

Quelle mouche a donc piqué Walid Joumblatt, qu'est-ce qu'il lui a pris de jeter en pâture, en plein hémicycle parlementaire, la question des droits civils palestiniens, de lancer des accusations gratuites prêtant à ses anciens alliés, nouveaux adversaires, des intentions inavouables ? Réminiscences du défunt Mouvement national des années 70, des fumeuses sorties contre la « droite chrétienne isolationniste » ?

Nul doute que la question des droits civils mérite d'être posée et que des mesures doivent être prises pour remédier à une détresse sociale dont pâtissent également des centaines de milliers de Libanais dans les régions déshéritées.

Mais pourquoi ce timing suspect, pourquoi cette soudaine amnésie sur le rôle ambigu de la Syrie, sur la responsabilité collective des pays arabes et des organisations internationales dans la gestion d'un dossier qui ne peut déboucher, en l'état actuel de l'hypocrisie générale, qu'à l'implantation décriée ?

Pourquoi cette démagogie à relents confessionnels qui a déjà eu pour résultat la distribution de tracts antichrétiens dans la périphérie de Aïn el-Héloué à Saïda et la publication de communiqués appelant au maintien des armes palestiniennes au Liban ? Sans oublier le projet d'attentat éventé à Zahlé quelques heures avant la visite pastorale du patriarche Sfeir.

Veut-on donc ramener le pays du Cèdre 35 ans en arrière ou détourner l'attention d'événements à venir, qui seraient préjudiciables à plus d'une partie ? Le Hezbollah, lui, laisse faire, tente de tirer son épingle du jeu (tant qu'on ne parle pas de ses armes...) et les Israéliens rient tranquillement sous cape.

Bien joué, Monsieur Joumblatt...

 

30/5/2010

Le véritable front de la guerre politique ; la bataille pour le consensus israélien

par Joel Fishman, article paru dans le quotidien Makor Rishon

Date de publication : le 30 Avril 2010
Titre original : The Real Front in the Political War; The Battle for the Israeli Consensus
Traduction : Objectif-info
I. Définition du problème : Contenu et signification de la déclaration d'Uri Avnery
De temps à autre, il est très profitable d'écouter les points de vue de gens dont les convictions sont différentes. Ces rencontres apportent parfois un éclairage décisif permettant de parfaire notre propre perception des motifs et de la stratégie de ceux qui nous font face. La conférence de lancement d'une biographie du défunt Yaakov Arnon à la Fondation Van Leer en a été l'occasion le 6 avril dernier. Arnon (1913-1995) était un haut fonctionnaire israélien qui fit preuve d'une créativité et de ressources personnelles extraordinaires. . Dès les premier jours de l'État, il a contribué au lancement de l'industrie du diamant en Israel, organisé l'administration de budget au Trésor public, et encadré les vaiations du taux de change entre la lire israélienne et le dollar. Pendant huit ans Arnon a assumé la fonction de directeur général du trésor [Misrad Ha-Otsar], s'affirmant comme un haut fonctionnaire respecté qui a pleinement contribué à la construction de l'état d'Israël.
L'expérience de Yaakov Arnon est remarquable parce qu'il est devenu par la suite un avocat de la paix avec l'OLP. Sa pensée évoluant, il en est venu à considérer que la présence israélienne en Judée, en Samarie, et à Gaza était une injustice et qu'il était nécessaire de faire la paix avec les Palestiniens dirigés per l'OLP. En 1975, il a rejoint Uri Avnery et le général Matti Peled et fondé avec eux le Conseil pour la paix israélo-palestinienne dont le but était de fournir le cadre d'un dialogue secret, entamé par Avnery avec Said Hammami à Londres, peu de temps après la guerre du Kippour. Hammami, qui était le représentant officieux de l'OLP à Londres, fut assassiné en 1978. Ultérieurement, Issam Sartawi conduisit les entretiens pour le compte de l'OLP ; il fut assassiné en 1983.
Yaakov Arnon fit un déplacement à Tunis en compagnie de Uri Avnery et de Matti Peled [en janvier 1983] pour rencontrer Yasser Arafat et la haute direction de l'OLP. Uri Avnery expliqué plus tard que des personnalités publiques comme Yaakov Arnon, Matti Peled et Lova Eliav avaient donné du poids et du prestige à cette initiative parce qu'ils représentaient la classe politique d'Israel. Issam Sartawi accompagna le groupe lors de cette visite. À l'aéroport de Paris, sur le chemin du retour à l'issue de cette réunion, Arnon posa la question suivante: "Avons-nous contriibué à l'histoire ou n'avons-nous été que des clowns ? [Ha'im asinu historia, o ha-iynu mukionim?] Cette question indiquait par elle-même qu'il était en proie au doute.
En l'évoquant trente sept ans plus tard, Avnery s'est déclaré convaincu que les trois hommes ont vraiment fait l'histoire et il a expliqué l'importance de la visite. Selon lui, le véritable champ de bataille était l'opinion publique en Israel. Ce qui avait été obtenu grâce à la réussitte de son groupe, c'était la transformation du consensus regnant en Israel. Ce succès en Israel aura été d'une telle portée que même le premier ministre Netanyahu a parlé d'état palestinien. En outre a-t-il dit, l'opinion publique mondiale en est venue à accepter cette perspective. Avnery a souligné qu'il ne peut pas y avoir de paix sans un état palestinien, et que l'alternative ne pouvait être que l'apartheid et la guerre permanente.
Que nous partagions ou pas les opinions de cet homme, il est clair qu'Avnery exprimait là son objectif stratégique à long terme : modifier le consensus israélien. Karl von Clausewitz, le célèbre stratège militaire prussien, a écrit que la première tâche du commandant était de s'assurer du type de guerre où il était engagé. Il est clair à la lumière de son analyse et de ses succès ultérieurs sur plusieurs décennies qu'Avnery a choisi sa stratégie et sa méthode en cohérence avec la guerre politique qu'il a menée en faveur de l'OLP.
Au même moment, les dirigeants israéliens n'ont jamais vraiment compris ce qui arrivait. Ils n'ont pas su nommer le jeu auquel ils étaient conviés et ils ne se sont mis en condition de le gagner. Au cours de la poussée d'optimisme initiale d'Oslo, Shimon Peres, le ministre des affaires étrangères d'alors, démantela l'appareil de la hasbarah d'Israel [en mai 1993]. Il faisait l'hypothèse qu'une bonne politique rendait inutile tout effort diplomatique en direction de l'opinion publique, et une fois la paix et la prospérité économique venues – elles étaient juste au coin – Israël n'aurait plus besoin de plaider sa cause. Qui a oublié ces mots creux: "si vous avez une bonne politique vous n'aurez pas besoin de communication publique, et si vous avez une mauvaise politique, les relations publiques ne vous seront d'aucun secours." A l'époque, on a peut-être retenu officieusement l'hypothèse qu'un changement dans le consensus allait dans le sens de l'intérêt national car il préparerait le public israélien à la "paix." Rétrospectivement, il est évident que les dirigeants d'Israel du début des années 90 ont imprudemment abandonné le champ de bataille de la diplomatie publique aux Palestiniens et à leurs soutiens Israéliens. Au lieu de faire avancer la cause d'une vraie paix, ils ont sapé la légitimité de l'état juif.

Plus récemment, à la lumière des efforts de propagande constants d'Avnery et de ses camarades, des années durant, nous nous trouvons dans l'obligation de nous poser également des questions sur l'efficacité des relations publiques quand elles sont fondées sur les top models, les bikinis, les plages et la vie noturne de Tel-viv, les prévenances pour les homosexuels, les entreprises de haute technologie ainsi que des contributions au monde, comme nos tomate de cerise ?
C'est ici que s'appliquent les paroles de Casey Stengel, le célèbre directeur des New York Yankees : "Est-ce qu'il y a quelqu'un ici pour jouer à ce jeu ?"
II : Introduction du contexte non mentionné
Le tableau devient plus intéressant si nous introduisons quelques éléments d'information contextuelle qui font défaut. Nous pourrions demander tout simplement quel est l'état actuel du consensus ? Il est remarquable que, selon le site Internet du ministère des affaires étrangères, le consensus israélien en faveur de la paix avec les Palestiniens –et pas nécessairement en faveur d'un état palestinien – a été au plus haut juste aprés l'assassinat du premier ministre Rabin. "Le 8 novembre [1995] cependant, l'indice grimpait à 73.1 points, pour décroître à 65,7 points vers la fin du mois. L'indice relatif aux accords d'Oslo d'octobre [1995] était à 46.9 points, et sautait à 57.9 points au début novembre pour stagner au niveau de 58.0 points à la fin du mois." (1)
Selon un sondage de 2007 sur la paix, des Israéliens interrogés sur les sujets qu'il faudrait mettre en tête des priorités de leur société ont répondu de la façon suivante:
1- S'en prendre à la corruption et aux autres dysfonctionnements ; 31.5%

2- Restaurer la capacité dissuasive des Forces armées israéliennes et d'Israël ; 22.1%

3- Réduire les inégalités économiques, 20.1%

4- Mettre en échec la violence et la criminalité, 15.4%

5- Parvenir à un accord de paix avec les Palestiniens, 10.8%.(2)


Si on analyse le site Internet du centre de Tami Steinmetz pour la recherche de la paix de l'université de Tel Aviv, on peut observer que les données ne sont plus disponibles après juin 2007, et si l'on analyse "la courbe de l'indice de paix", "l'indice d'Oslo," il hésite la plupart du temps autour de quarante pour cent, grossièrement jusqu'en 2007.
Plus récemment, un sondage d'opinion du Conseil juif américain d'avril 2010 a donné les résultats suivants. La question 10 était formulée comme suit :
Ëtes-vous d'accord avec la déclaration : "Le but des Arabes n'est pas la récupération des territoires occupés mais la destruction d'Israël."

Les réponses ont été : D'accord 75% Pas d'accord, 20% Ne sait pas, 5%.

Il est clair qu'il n'y a pas un grand consensus pour "la paix." du côté israélien. Les pressions américaines pas plus que les intrigues des ONG ne peuvent changer cette réalité. L'attitude de la partie palestinienne sur la question est un sujet différent qui mérite de son coté une étude sérieuse.
La situation d'aujourd'hui n'est certainement pas aussi bonne que ne le clame Uri Avnery. Au moment où la légitimité d'Israel est mise en cause dans le pays et à l'étranger, l'absence d'un véritable consensus israélien pour fairer davantage de concessions aux Palestiniens représente une chance pour les amis et les défenseurs de l'état juif. Israel peut faire bien mieux, mais il est nécessaire de défendre nos droits historiques, d'abord sur le champ de bataille de l'opinion publique, à l'intérieur. Comme le disait David Ben Gourion à la Commission Peel en janvier 1937, "… La Bible est notre mandat, la Bible qui a été écrite par nous, dans notre langue, en Hébreu, dans ce pays même." Nous devons d'abord admettre nous-mêmes que la revendication de légitimité d'Israël ne peut se baser que sur des faits historiques. C'est sur eux que devrait se fonder le véritable consensus en Israel.